Juste après la défaite contre les All Blacks à Christchurch en ouverture du Championnat des Nations le 4 juillet, le sélectionneur du XV de France Fabien Galthié assurait quand même : « il y a pas mal de joueurs qui ont marqué des points ». Deux victoires ont suivi (contre l'Australie le 11 juillet puis contre le Japon le 18 juillet), plaçant la France à la première place de la Conférence Nord du Championnat des Nations après la phase aller. Avec ce bilan, inutile de dire qu’un certain nombre de joueurs ont effectivement avancé leurs pions en prévision de la Coupe du Monde de Rugby 2027 en Australie. En voici sept.
Fabien Brau-Boirie - à 20 ans, il s'impose déjà dans la hiérarchie des centres bleus
Le jeune trois-quarts centre palois de 20 ans (1,90 m, 98 kg) a signé un début de Championnat des Nations exceptionnel en enchaînant trois titularisations d'affilée à Christchurch, Brisbane puis Tokyo, un an seulement après avoir disputé le Championnat du Monde U20. Avec seulement sa troisième sélection face aux All Blacks (34-32), Fabien Brau-Boirie a tenu tête à Jordie Barrett et ses 80 sélections, avant de participer à la démonstration 42-26 contre l'Australie.
Fabien Galthié a bâti autour de lui et de Yoram Moefana « une structure qui nous a donné beaucoup d’assise », le repositionnant en 13 alors qu'il évolue habituellement en 12 en club, un choix qui a surpris le joueur lui-même mais que le sélectionneur estime prometteur pour la suite. « Moi, il n’y a aucun souci, tant que je joue je m’adapte. Après, 13 et 12, ce n’est pas une très grande différence, si ce n’est sur certains points, mais sinon moi il n’y a pas de souci, je m’adapte, et jouer avec Yoram c’est un grand plaisir. J’ai découvert un super mec ! », a-t-il déclaré.
Ses performances l’ont replacé dans la hiérarchie face à la concurrence portée par Emilien Gailleton, Kalvin Gourgues et Nicolas Depoortere. Pas étonnant que son manager à la Section Paloise, Sébastien Piqueronies, l'ai souvent comparé à Yannick Jauzion, ancien grand centre du XV de France dans les années 2000.
Jefferson Poirot - le retour inattendu du vétéran
À 33 ans, sa présence dans le groupe France pour cette première partie du Championnat des Nations dans l’hémisphère Sud était presque passée comme une anomalie pour le pilier gauche vétéran de l’UBB. Car après près de sept ans loin des Bleus (dernière cape en 2019), Jefferson Poirot venait d’être appelé avec l'équipe de France A contre l'Angleterre XV à Vannes le 19 juin, avant d’intégrer l'effectif pour la tournée en Nouvelle-Zélande, Australie et au Japon. Or, son entrée en jeu lors de la victoire historique 42-26 à Brisbane, la plus large de l'histoire du XV de France en terre australienne, a validé le pari du staff. L'entraîneur des avants William Servat a salué son influence de mentor, notant que « clairement, c’est une plus-value (…). Il se comporte comme un jeune premier qui a de l’expérience. C’est-à-dire qu’il a de la fraîcheur, il nous amène beaucoup d’engouement et d’énergie sur les entraînements. »
Poirot lui-même n’a pas caché son plaisir. « Moi tu sais, tout ce qu’on va me donner je vais le prendre. Il me reste un an de carrière, je ne le cache pas. Peu importe où je serai, je serai à fond. C’est la philosophie, le contrat que j’ai fait avec moi-même jusqu’à la fin de ma carrière. Là c’est un peu la cerise sur le gâteau. Donc je le ferai à fond. Et puis si c’est quelques minutes en fin de match, si c’est aider le groupe, si c’est démarrer, je vais essayer d’être à fond », nous confiait-il dans les entrailles du Suncorp Stadium tout en étant lucide sur la deuxième partie du tournoi. « Si je ne suis pas appelé, ça veut dire que j’ai pas aidé l’équipe ou que j’ai pas fait l’affaire. J’aurais fait ma partie, et j’espère l’avoir bien faite, au moins sur la moitié. »
Aaron Grandidier-Nkanang - de « très nul sur les ballons hauts » à la révélation de Brisbane
L'ailier palois, ancien joueur de rugby à 7 champion olympique à Paris 2024 et passé par Brive, a vécu une première sélection de rêve le 11 juillet à Brisbane : un doublé lors de la victoire 42-26 contre l'Australie, avec un premier essai à la 19e minute (transformation d'un jeu au pied de Romain Ntamack) et un second à la 51e minute sur une passe au pied délicate de Matthieu Jalibert. Submergé par l'émotion, Aaron Grandidier-Nkanang confiait : « je n'ai pas les mots… un rêve qui est accompli, je n'y crois pas », rendant hommage à son parcours en rugby à 7 et à son manager de club Sébastien Piqueronies qui lui a offert sa chance en Top 14.
« Sans le rugby à 7, je ne serais pas là aujourd’hui. Après les JO, le but était de me consacrer pleinement au XV. Avec un objectif en tête, viser une cape en équipe de France… Et aujourd’hui j’en suis là ! Je suis trop fier ! », confiait-il à la veille de cet évènement. Après avoir, de son propre aveu, été « très nul sur les ballons hauts » à ses débuts sous les couleurs de la Section paloise, c’est sur ce secteur de jeu qu’il s’est clairement distingué en plus de son sens du timing, signant une performance qui l'installe déjà comme une option sérieuse à l'aile pour la suite de la préparation vers 2027.
Maxime Lucu - la réussite d'un capitaine sur trois continents
Le demi de mêlée bordelais a brillamment rempli ses fonctions de capitaine tout au long des trois semaines de la première phase du Championnat des Nations, mais pas que ! Maxime Lucu termine le triptyque comme meilleur marqueur de points (37) largement devant le Japonais Takuya Matsunaga (32) et le All Black Ruben Love (31). Contre le Japon (42-15), il a inscrit en 68 minutes un essai personnel, réussi cinq transformations sur six et distribué 49 passes, un volume de jeu impressionnant qui a conforté le staff tricolore dans ses choix.
Après la défaite serrée en ouverture contre la Nouvelle-Zélande (32-34), il avait salué l'attitude de son groupe qui avait « regardé (les All Blacks) droit dans les yeux » malgré le revers. Il avait alors un objectif pour la suite : « ressortir avec des sourires », ce qui fut fait contre l’Australie, puis contre le Japon. À l'issue de la tournée, il a résumé son état d'esprit de capitaine en évoquant « une équipe très facile à diriger », pointant la maturité collective retrouvée après trois test-matchs disputés sur trois continents différents.
« On avait toujours la banane, on était content de reprendre la semaine, le lundi, même après cette défaite en Nouvelle-Zélande. Il y a eu un K.-O., beaucoup de frustration, mais dès le lundi, on a repris avec cette volonté de renverser la tendance. Encore une fois, j'ai pris beaucoup de plaisir à appartenir à ce groupe. C'était génial de disputer cette compétition, ces matches avec beaucoup de "ball in play". »
Matthieu Jalibert - avec Ntamack, le duo qui rassure Galthié pour l'avenir
Repositionné à l'arrière pour laisser l'ouverture à Romain Ntamack contre l'Australie (une promesse de Galthié !), un poste qu'il n’a occupé que quatre fois en club (à ses débuts avec l’UBB) mais jamais auparavant chez les Bleus, Matthieu Jalibert a d'abord suscité un jugement nuancé de son entraîneur Patrick Arlettaz sur son apport offensif : « J'ai trouvé ça plutôt bien, mais peut mieux faire. Ça nous ouvre des perspectives intéressantes », a-t-il remarqué après le match contre l’Australie.
Son coéquipier Jefferson Poirot, lui, n’avait aucun doute sur ce repositionnement, même si l’association Ntamack-Jalibert n’a nécessité que six minutes d’entraînement en commun la veille du match (le joueur étant incertain jusqu'au bout). « Honnêtement, quand Matthieu est sur le terrain, j’ai beaucoup moins de doute que quand il n’y est pas, qu’il soit en 10 ou en 15. Moi j’ai connu Matthieu en 15, parce que quand il a démarré à l’UBB il a commencé en 15, et il avait fait de très gros débuts. Il n’y avait pas de doute à avoir », avait noté le pilier gauche, saluant le système complémentaire des deux dix que l’on avait plaisir à placer en concurrence avant cette tournée.
« Je pense que pour Galthié et son staff, c’est quand même une aubaine de pouvoir compter sur deux joueurs à ce niveau, regardez au niveau international, quels pays peuvent aligner et interchanger deux dix de ce niveau ? », avait souligné en mars Christophe Laussucq, entraîneur de la défense de l’UBB.
Contre le Japon, Jalibert a totalement explosé les compteurs avec un doublé personnel, 104 mètres parcourus, 13 ballons joués à la main, 3 franchissements, 5 défenseurs battus (et même un carton jaune), une prestation qui a fait dire à la presse spécialisée qu'il avait « survolé les débats » et porté à lui seul la victoire 42-15 des Bleus, leur assurant la première place de la poule Nord. Il termine cette première partie avec le plus de mètres parcourus de toutes les équipes : 268, devant l’Anglais Immanuel Feyi-Waboso (255).
Lenni Nouchi - le tracteur du Top 14 fidèle à sa réputation
Le troisième ligne montpelliérain faisait partie des huit finalistes du Top 14 à être arrivés en retard en Australie, trop justes pour jouer les All Blacks mais vite intégrés (en deux jours) au groupe pour jouer l’Australie, puis le Japon. « Je suis très content d’être ici, ça me permet de switcher aussi sur la fin de championnat que j’ai eu avec Montpellier. Je suis très content d’avoir pu rejoindre le groupe France et si je joue, je serai le plus heureux », confiait Lenni Nouchi à la veille de jouer les Wallabies comme titulaire.
Troisième ligne terrien plus qu’aérien, le Montpelliérain a été fidèle à sa réputation de tracteur sur un terrain en étant titulaire également face au Japon pour ce qui constituait déjà sa huitième cape internationale. La rencontre a pourtant tourné au calvaire physique : soumis à un protocole commotion dès la 6e minute, il a finalement dû sortir sur blessure à la jambe gauche à la 63e minute après s'être retrouvé piégé dans un double plaquage.
Sa progression avait pourtant été remarquée tout au long de la saison, avec un profil polyvalent (âme de leader en tant que capitaine du MHR, superpouvoirs athlétiques) qui l'annonçait comme une valeur montante pour préparer la Coupe du Monde de Rugby 2027, malgré cet épisode compliqué qui interrompt sa dynamique en pleine tournée. « Si je commence déjà à calculer pour la Coupe du monde, je vais juste jouer pour ma gueule et ça va pas servir le collectif. Moi, le plus important c’est de sortir une bonne performance collective et après si je fais des bonnes performances, ça se fera tout seul », nous confiait-il à Brisbane.
Marko Gazzotti - le grand gagnant infatigable de l'été
Marko Gazzotti est la révélation absolue de cette première partie du Championnat des Nations. Le troisième ligne de l'UBB (21 ans), plus n°8 que flanker, avait été désigné homme du match dès son premier match face à l'Angleterre XV le 19 juin (35-19). Cette dynamique s'est confirmée sur l'ensemble du Championnat des Nations, où il s'est imposé dans le top 5 des meilleurs plaqueurs du tournoi (52).
Titulaire sur les trois rencontres, il n’a manqué que quatre minutes du test contre le Japon suite à son carton jaune à la 76e minute de jeu. De cette expérience intense dans l'hémisphère Sud, il en ressort « rincé » mais « satisfait » d'avoir pu montrer l'étendue de ses talents après avoir été ciblé par les renvois des All Blacks, avoir plus œuvré dans l’ombre et en soutien contre l’Australie et joué en 7 contre le Japon (poste qu’il n’a occupé que 10% de tous les matchs de sa jeune carrière). « Ce sont deux registres différents, mais je pense que je suis capable de faire les deux. J’ai peut-être plus porté le ballon contre les Blacks, un peu moins contre les Australiens. Le principal, c’est de faire le boulot pour l’équipe, et de le faire bien », relevait-il en guise de bilan.