Coupe du Monde 1991 - Campese, le Magicien d’Oz

Aussi fantasque que fantastique, David Campese a été l’une des premières stars mondiales du rugby. Une histoire façonnée autour d’une kyrielle d’essais et d’un geste devenu commun, le pas de l’oie.

TOKYO, le 18 octobre - C’est l’histoire d’un joueur en accord avec son temps. Alors que le rugby s’affichait sur les écrans de télévision pour sa première Coupe du Monde en 1987, l’Australie, co-organisatrice de l’événement, dévoilait un phénomène. Une vedette qui allait devenir une légende. Lancé sur son aile, David Campese a changé son époque. Un joueur capable de faire trembler le voisin néo-zélandais sur un coup de rein. Ou plutôt sur un coup d’accélérateur.

Car si David Campese s’est hissé au rang de superstar, c’est grâce à un geste qui se retrouve désormais chaque week-end sur toutes les pelouses du globe : le pas de l’oie. Un mouvement simple a priori mais qui nécessite un parfait sens du timing pour ralentir sa course afin de fixer son défenseur avant de se relancer pour déborder un joueur adversaire laissé sur place.

Dès le début des années 1980, alors qu’il n’avait pas vingt ans, Campese est devenu l’attraction principale de son pays. L’Australie s’était trouvé son Magicien. Un joueur qui a marqué quatre essais lors de la première Coupe du Monde avant d’être éliminé par l’équipe de France de Serge Blanco, l’autre phénomène de l’époque, en demi-finales.

 

Pas abattu, il a relevé le gant et s’est préparé pour le deuxième round, prévu en 1991 en Angleterre. Irrésistible, il y inscrit six essais, est élu meilleur joueur de la compétition et soulève le trophée après avoir triomphé de l’Angleterre dans son antre de Twickenham (12-6). L’apothéose d’une carrière qui n’aura pas été aussi linéaire que le talent du bonhomme pouvait le laisser penser.

Le « Campese Corner »

Car si David Campese a fait souffrir les défenses adverses, détenant longtemps le record d’essais en sélection (64), sa longévité exceptionnelle a aussi été marquée par des désillusions. Deuxième joueur de l’histoire à atteindre la barre des cent capes (derrière le Français Philippe Sella), il a connu des coups d’arrêt aussi nombreux que soudains.

Opposé aux Lions Britanniques en 1989, il a provoqué la défaite de son équipe en tentant une relance du bout du monde (18-19). Après une tentative de drop manquée par ses adversaires, l’ailier veut repartir de son en-but mais tombe le ballon en voulant jouer un deux contre un, offrant l’essai aux Britanniques. Dans son autobiographie, l’ailier a reconnu son erreur : « Je suis entièrement responsable car je pensais qu'Evans viendrait vers moi, confiait Campese en citant le marqueur d’essais britannique. Finalement, il est resté entre nous et n’a eu qu’à aplatir. Je persiste à dire que l’idée était bonne mais c’est mon exécution qui a été mauvaise. »

Une façon d’assumer qui a toujours suivi la carrière de David Campese. Ses crochets déroutants sur les pelouses ont souvent été accompagnés de saillies tranchantes dans les médias, dans lesquels il n’hésitait pas à apostropher ses adversaires directs. On se souvient qu'il avait affirmé ne pas connaître l'une des stars néo-zélandaises de l’époque, Stu Wilson.

Il n'hésitait pas non plus à affirmer que certaines équipes proposaient un jeu ennuyeux, trop basé sur les avants. « C'est un excellent moyen de détruire l’image de ce sport », avait-il glissé avant la finale face aux Anglais en 1991. Une phrase qui a longtemps résonné dans les têtes anglaises et qui aurait joué un rôle dans cette finale remportée par des Australiens plus efficaces face à des Britanniques méconnaissables. Avec ses failles et ses crochets, David Campese a finalement réussi ce que tout le monde imaginait alors qu'il n'avait pas encore vingt ans : devenir un champion hors du commun.

RNS fl/sc