Coupe du Monde 1999 - Lamaison, le bourreau des Blacks

Tous les fans de rugby se rappellent de l'endroit où ils étaient le 31 octobre 1999. Face à des Néo-zélandais ultra favoris de la compétition, les Français vont renverser les terribles All Blacks en demi-finales de la Coupe du Monde. Avec à la baguette un Christophe Lamaison de légende.

TOKYO, le 23 octobre Chez les amoureux du rugby français, il y aura toujours ces deux syllabes magiques pour résonner doux à leurs oreilles. « Ti-tou ». Titou, de son nom Christophe Lamaison, a connu une superbe carrière en club (ponctuée par une victoire en Coupe d’Europe avec Brive), et encore plus avec les Bleus, où il a honoré 37 sélections et inscrit 380 points. Cependant, pour beaucoup, il reste l’homme d’un match. Ou plutôt d’un monument.

Certes, on vous parle d'un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître, mais tous les fans de rugby se rappellent de l'endroit où ils étaient le 31 octobre 1999. La date mythique d'un des matchs les plus fous de l’histoire, en demi-finales de Coupe du Monde. Face à des Néo-zélandais ultra favoris de la compétition et en mode rouleau compresseur depuis le début de la compétition, les Bleus sont promis à l’enfer. Quelques mois avant, ils ont d'ailleurs coulé dans le Pacifique, emportés par l’ouragan All Blacks (54-7). Pour couronner le tout, Jonah Lomu, première superstar du rugby moderne, est dans une forme étincelante. 

« In the zone »

Pendant que les observateurs débattent sur le nombre d’essais que va planter « l’autobus » néo-zélandais et que le public prend place dans les tribunes pour assister au massacre, les Français, eux, sont curieusement sereins.

« Oui, je me rappelle qu’il y avait beaucoup de sérénité dans les vestiaires, nous raconte Titou. On avait réussi, sur les bons conseils de Pierre Villepreux, à démystifier un peu cette équipe néo-zélandaise, qui affichait très clairement l’envie de soulever la Coupe du Monde. Il fallait jouer crânement notre chance et donc oublier ce mythe. Avec un peu de bourrage de crâne, on avait réussi à se motiver pour monter en puissance et aborder le match de la meilleure des façons. »

« C’était encore un rugby où on ne parlait pas forcément de tactique mais on avait aussi décelé quelques 'points faibles'. En s’appuyant dessus à bon escient, on savait que ces petites choses pouvaient marcher. Je pense à l’essai de Richard Dourthe. On avait planifié les coups de pieds par-dessus à l’entraînement. De manière plus globale, on avait tenté de les jouer, tout simplement. Chose qu’à cette époque, peu d’équipes osaient faire. En plus du haka, tout le monde subissait leurs assauts sur le terrain. Nous, on avait décidé de se faire plaisir avant tout. »

En début de match, les Français montrent qu'ils n'ont rien de victimes expiatoire en menant 6-10, après une pénalité et une transformation de Titou. Mais comme prévu, les Néo-zélandais sont une machine implacable qui reprend les choses en main. Comme prévu, Jonah Lomu est monstrueux, perforant - par deux fois - la défense française. En début de deuxième mi-temps, après un essai de leur ailier, les All Blacks s'échappent (24-10). Plus personne ne voit les tricolores sortir la tête de l'eau. Personne sauf eux-mêmes.

Les Bleus de Jean-Claude Skrela se battent comme des morts de faim sur tous les ballons et offrent au monde l'une des plus belles démonstrations de french flair. En bon chef d'orchestre, Christophe Lamaison harmonise un récital de toute beauté. Sur la pelouse de Twickenham, si souvent terre de souffrances pour le rugby tricolore, Titou est en pleine réussite. Parfait au pied, volontaire au combat, le numéro 10 est dans tous les bons coups. L’ouvreur, sur un nuage, se paye au final un « full house » : essai, pénalité, transformation, drop. Il inscrit à lui seul 28 points. 

« Les golfeurs expliquent que parfois, ils tentent plein de choses et que ça marche, note Lamaison. Ils sont 'in the zone'. Nous aussi, les Français, on était ce jour-là dans la zone. C’est difficile à expliquer, c’est un bien-être, un parfum, qui est rare dans une carrière de sportif. Quand ça arrive, on est un peu surpris, mais ce n'est que du bonheur. »

Et « Titou » (re)commença son récital

Devant un public médusé, les Français tiennent bon contre vents (de trois-quarts) et marées (d'avants). Emportés par la folie française, les Blacks s’inclinent à la stupeur générale (43-31). Coup de tonnerre, exploit herculéen. Ce sont bien les hommes de Skrela qui rejoignent les Australiens en finale.

« Cela reste bien évidemment d’excellents souvenirs, confie Titou. Même 20 ans après, les supporteurs nous rappellent l’exploit réalisé par les Bleus ce jour-là. Chaque Français savait pertinemment qu’il y avait quelque chose qui se tramait. Battre les Néo-Zélandais en demi-finales de Coupe du Monde, ce n’était pas donné à n’importe qui. C’était vraiment un exploit.» 

Ah, au fait, l’histoire de Titou face à la Nouvelle-Zélande n’est pas tout à fait terminée. Un an plus tard, le XV de France retrouve les All Blacks en test match, au Vélodrome de Marseille. Une nouvelle fois, la France s’impose. À la baguette, un Lamaison toujours aussi inspiré mène les Bleus à une flamboyante victoire (42-33).

« Le contexte était différent, avec un changement de staff, Bernard Laporte qui arrive… On nous attendait au tournant pour rééditer l’exploit. Le public était surexcité. Juste avant de rentrer sur la pelouse, après l’échauffement, j’ai le souvenir qu’on avait fait un tour d’honneur où tout le monde nous acclamait. Quand on est sportifs, dans l’arène, on apprécie ça d’autant plus. Ça nous a galvanisés. On a pu remettre l’équipe de France en haut de l’affiche avec un deuxième exploit. En tant que sportif, des moments comme ceux-là restent gravés à jamais dans nos mémoires ». Dans les mémoires, oui, comme dans la légende du rugby. 

RNS eb/sc