Jeu d’occupation ou de pression : le rugby prend son pied

Entre le jeu au pied d'occupation et celui de pression, il est parfois difficile de s'y retrouver et de comprendre pourquoi une équipe utilise telle ou telle forme de jeu. L'occasion de se poser sur une phase qui occupe une place de plus en plus importante dans le rugby actuel.

TOKYO, le 5 octobre – À voir les défenses s’époumoner dans les zones de rucks à gratter le moindre ballon qui passe, on pourrait se demander pourquoi les arrières décident aussi souvent de jouer au pied, quitte à le rendre à l’adversaire. Ce n’est pourtant pas pour faire souffrir ses avants et régler un contentieux de vestiaires ou encore pour tester la solidité de son rideau défensif sur un épuisant enchaînement de séquences.

Le jeu au pied passe souvent pour une solution de repli ultime afin d’éviter l’asphyxie. Il peut tout autant se transformer en arme tranchante s’il est utilisé avec sang-froid et précision par le numéro 10.

Chaque coup de pied entre dans une des deux catégories suivantes : le coup de pied d’occupation ou le coup de pied de pression.

Ce dernier est plutôt simple à expliquer : c’est un ballon que vous voulez récupérer. En règle générale, ce sera un coup de pied haut qui donnera l’occasion à vos joueurs – généralement les trois-quarts – de venir à la retombée pour lutter et conserver la possession.

Il peut également s’agir d’un coup de pied par-dessus lorsqu’une faille est trouvée au niveau du deuxième rideau d’une défense. Une arme notamment utilisée par Camille Lopez face aux États-Unis sur le premier essai des Bleus, signé Huget.

Le ballon rasant, en général vers le bord de touche pour fermer les angles au cas où la défense soit la plus prompte à réagir, entre également dans cette catégorie de coup de pied de pression.

Dans l’exemple ci-dessus, Herschel Jantjies est en position de demi de mêlée. Derrière le ruck, il a de l’avance sur ses arrières. Le temps de frapper, ses coéquipiers ont donc la possibilité de prendre de la vitesse – sans être hors-jeu – et de déborder le premier rideau adverse. Dans cet exemple, Makazole Mapimpi est très rapide et peut contester le ballon dans les airs pour récupérer la possession. En deux gestes – une frappe et une réception – les Springboks ont gagné plusieurs dizaines de mètres.

Les coups de pied d’occupation sont différents. Là, l’attaque abandonne l’idée de récupérer le cuir dans un premier temps au profit d’une frappe longue. Schématiquement, dans son camp, l’équipe en possession du ballon expédie le ballon à 60 mètres de là – si possible en réduisant l’angle à l’adversaire pour que celui-ci ne puisse dégager que sur 20 mètres. Bénéfice immédiat : 40 mètres. Ni vu, ni connu.

La comparaison entre le jeu au pied de Jantjies et celui de Parkes est frappante. Face à l’Australie, le demi d’ouverture gallois voit un espace dans le fond du terrain des Wallabies. Sa longueur confirme qu’il n’a aucune envie d’aller contester la retombée. Après un échange de « ping-pong rugby », les Gallois sont passés de leurs 22 mètres aux 22 mètres adverses. Gain immédiat : 57 mètres.

Mais si une équipe joue au pied, c’est bien évidemment qu’une équipe subit ce jeu au pied. Lorsqu’il s’agit d’un jeu de pression, la consigne principale est de gagner son duel, notamment le combat aérien (cf. ci-dessus la lutte entre Mapimpi et le joueur Namibien).

Pour un jeu d’occupation, l’une des règles est de rapidement quitter la zone de chute et changer l’angle d’attaque. Sur cette action, le Gallois Josh Adams a récupéré un ballon venant de la gauche suite à une touche. La meilleure solution pour lui est donc de quitter la zone où se trouve la plupart des avants adverses.

C’est le choix effectué par Adams, qui sert Liam Williams. Celui-ci tape par-dessus mais ne parvient pas à récupérer la possession. Son équipe se trouve alors en difficulté. Les arrières des Dragons s’étant éloignés des avants australiens, ils ont par là-même fui leurs propres avants. L’Australie se retrouve alors en position de force. Ils peuvent remonter le terrain face à une ligne défensive éclatée suite à cet échange de coups de pied.

Lors du prochain match, suivez attentivement les jeux au pied de chaque équipe. Font-ils ça pour occuper le camp adverse (et donc pour un gain potentiellement important mais pas immédiat) ou pour mettre la pression avec un gain moins profond mais immédiat ? Vous pourrez également voir les différentes façons de récupérer et d’attaquer une défense qui vient d’effectuer un coup de pied.

Les conditions météo jouent un rôle important dans la gestion du jeu. Une frappe de pression est plus intéressante sous la pluie pour certains grands gabarits quand, pour d’autres équipes, l’occupation est plus à propos en utilisant une pelouse trempée qui fuse. Vous serez rapidement incollables sur cette façon de dominer l’adversaire. Moins frontale mais peut-être plus efficace.

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