Les Bleus sans arrière-pensée

Déjà qualifiés, les Bleus affrontent l’Angleterre samedi à Yokohama avec en jeu, la première place de la poule. Elle pourrait s’apparenter à un cadeau empoisonné, mais la France s’interdit tout calcul. « Il n’y aura pas d’impasse », promet Charles Ollivon.

KUMAMOTO, le 6 octobre –  Pour la sixième fois en Coupe du Monde, la France et l'Angleterre vont se croiser. Les trois dernières fois, ce fut un match éliminatoire, et si les Bleus ont remporté le dernier en quart de finale de la Coupe du Monde 2011 (19-12), il reste dans les mémoires deux succès anglais traumatisants : en demi-finale de l'édition 2007 (14-19), organisée en France, et quatre ans auparavant en Australie (7-24), lors d'une autre demi-finale, prélude au titre mondial pour la bande à Clive Woodward… Cette fois, ce n’est pas un match à la vie à la mort. France et Angleterre sont déjà qualifiées : leur duel final déterminera en revanche la hiérarchie de la poule, et donc la partie de tableau dans laquelle les Bleus seront reversés.

Et forcément, dans la France du rugby, les calculs ont été faits. Une première place et les Bleus se retrouveraient dans la partie de tableau de l’Australie (adversaire pressenti en quart de finale), Nouvelle-Zélande (au stade des demi-finale) alors que l’Afrique du Sud pourrait être au rendez-vous en finale. En somme, pour décrocher la couronne mondiale, il faudrait devoir en passer par un Grand Chelem contre les trois cadors de l'hémisphère sud… 

A contrario, en cas de défaite ou de match nul et de deuxième place, c’est le pays de Galles que les Français retrouveraient en face en quart de finale, quand Japon ou Afrique du Sud sont attendus en demi-finale. 

Légèrement moins angoissante, cette issue serait en plus logique : les Français ne peuvent prétendre au statut de favoris avant ce crunch, ne serait-ce qu’au regard du parcours anglais dans cette Coupe du Monde. « Ça fait des années que les Anglais font forte impression. Ils ne font que confirmer », glisse admiratif Romain Ntamack. Son coéquipier deuxième ligne, Paul Gabrillagues, abonde : « Il ne faut pas se voiler la face, le jeu des Anglais est plus abouti que le nôtre. » Le troisième ligne Charles Ollivon résume : « On va affronter l’Angleterre, un des favoris de la compétition. On a vu leur match contre l’Argentine. C’est une équipe complète. » Mais il refuse l’idée d’abdiquer pour autant. « C’est un match de Coupe du Monde qui nous attend. Il n’y aura pas d’impasse. On va donner le maximum et on fera les comptes à la fin. »

« Une revanche à prendre »

Le message est clair : dans le camp français, il n’y aura pas de calculs. Après tout, à quoi bon ? Le demi de mêlée Antoine Dupont est définitif : « Après la phase de poules, il n’existe pas de bon tirage. Il n’y a plus que des grosses équipes. » Alors Baptiste Serin peut bien se faire porte-parole des ambitions de ce XV de France : « Ce qui est sûr c’est que l’équipe de France va essayer de gagner ce match. On est tous des compétiteurs, on a tous envie de gagner tous les matches, et vous savez tous la rivalité entre la France et l’Angleterre… On est loin d’être favoris sur ce match. Les Anglais montrent quand même beaucoup d’automatismes et de pragmatisme sur leurs matches. Mais on est Français et on est capables de tout. »

Le 106ème crunch de l’histoire ne sera peut être pas décisif, mais il ne sera donc pas dénué d’enjeux. Question de nature, et parce que les Bleus ne peuvent pas s’offrir ce luxe. Il s’annonce déjà important pour la construction collective de cette équipe de France. Romain Ntamack en est persuadé : « C’est un match qui va compter. On va être face à ce qui se fait de mieux. On va essayer de répondre présent, de mettre en place notre jeu. » Important pour la confiance aussi. Si les Bleus ont battu l’Angleterre pour le premier match de l’ère Brunel (22-16 dans le Tournoi 2018), ils restent sur une leçon dans le dernier (44-8). Le devoir de mémoire suffirait à lui seul à transcender. Il n’y a qu’à écouter Camille Chat pour être assuré que les Français ne géreront pas : « On a une revanche à prendre par rapport au dernier Tournoi, où clairement les Anglais nous ont marché dessus. On sait comment ils sont… On va se mesurer à du très haut niveau. J’espère qu’on ne va pas se rater et le jouer à fond. »

RNS gl/jf