Leguizamón : « Heureux d’avoir servi les Pumas pendant 14 ans »

Après 14 années de service, le troisième ligne argentin a officialisé ce mardi qu'il allait mettre un terme à sa carrière internationale après la rencontre face aux États-Unis, ce mercredi. Il aura disputé quatre Coupes du Monde.

KUMAGAYA, le 8 octobre – Avec son départ, c’est un pan de l’histoire des Pumas qui s’achève. Juan Manuel Leguizamón était le dernier représentant de la génération bronzée en 2007. Celle des Albacete, Fernandez Lobbe, Pichot, Corleto et Contepomi. Douze ans plus tard, le rideau va tomber avec une élimination dès la phase de poules de la Coupe du Monde 2019 après une rencontre face aux États-Unis à Kumagaya ce mercredi 9 octobre.

« C’est un groupe qui a beaucoup marqué le rugby argentin, avec une équipe très forte, sans concession, un groupe de leaders comme j’en ai rarement rencontrés, qui m’ont énormément appris et marqué à vie, a confié, avec une pointe de nostalgie, Leguizamón au début de cette compétition. Ils furent un exemple pour ce qui est de fixer des objectifs et laisser de côté les egos. »

C’est après l’entraînement du capitaine que le joueur de Santiago Lawn Tennis a confirmé ce mardi qu’il allait disputer son dernier match avec le maillot rayé. De quoi célébrer sa quatrième Coupe du Monde pour celui qui n’était pas entré en jeu jusque-là. « Oui, demain ce sera mon dernier match avec les Pumas. J’en ai déjà parlé avec mes coéquipiers et ma famille. »

« J’ai fait les choses avec passion, amour et folie »

Leguizamón va donc tirer sa révérence au soir de son quinzième match de Coupe du Monde après avoir disputé les éditions 2007, 2011 et 2015. « C’est difficile parce que j’ai eu la chance de porter ce maillot pendant de nombreuses années, je ne peux pas le résumer en deux mots. Ces derniers jours ont été compliqués avec beaucoup de choses qui me trottaient dans la tête, beaucoup de sensations différentes. Quoi qu’il en soit, j’essaie de me concentrer sur le présent et le match qui arrive face aux États-Unis. En tant qu’équipe, nous pouvons quitter cette Coupe du Monde avec le sourire en nous serrant dans les bras, en étant un peu plus heureux qu’actuellement. C’est l’objectif. »

À l’heure du bilan, son regard s’illumine de nouveau. « C’est un réel plaisir de débuter un match de Coupe du Monde. C’est très important pour moi, pour les relations humaines que j’ai tissées au fil des ans. Un cycle réussi de ma vie va s’achever. Je suis reconnaissant. C’est un honneur d’avoir pu faire ça. Je suis chanceux d’avoir servi pendant quatorze ans les Pumas. »

Quant au secret de la longévité, il ne tient qu’en un point. « Il n’y a pas de secret. J’ai fait les choses avec passion, amour et un peu de folie. Jouer pour ce maillot des Pumas, c’était tout ce dont j’avais besoin pour être déterminé en entrant sur la pelouse. Toute ma vie j’ai rêvé de vivre des moments qui pourraient me transpercer, que ce soit l’hymne ou les célébrations qui avaient lieu à Santiago del Estero (sa ville de naissance en Argentine) parce que j’étais un Puma. »

Une possible retraite dès ce mercredi ?

« Au fil du temps, on comprend le rôle qu'on doit jouer, sur et hors du terrain, en faisant de l’équipe l’élément le plus important. C’est aussi ce qui aidera, peut-être, à rester un peu plus longtemps. »

C’est donc un saut vers l’inconnu pour ce puissant troisième ligne qui a longtemps évolué en France (Stade Français de 2008 à 2011, puis Lyon olympique universitaire rugby de 2011 à 2015) et revenu au pays avec les Jaguares. « Peut-être que ce sera mon dernier match. Peut-être que je vais continuer à jouer encore un peu, peut-être pas. »

L’hommage appuyé de Juan Fernandez Lobbe

Assis à ses côtés, son ancien coéquipier et désormais entraîneur Juan Fernandez Lobbe avait la gorge nouée au moment de l’annonce. « En tant que partenaire, je ne peux en dire que du bien, affirme Fernandez Lobbe. Il a toujours placé l’équipe au-dessus de toute considération. Toutes ses décisions ont été prises en pensant à l’équipe, à ce maillot et il mérite chaque louange que l’on peut dire et bien plus encore. Ce fut un honneur d’avoir partagé ça avec lui. Nous sommes frères. C’est l’une des plus belles choses que peut vous offrir ce sport, au-delà du statut professionnel ou amateur. Ces liens restent pour la vie et ça n’a pas de prix. »

Devenu entraîneur adjoint de Mario Ledesma cet été, Fernandez Lobbe a dû concilier son nouveau statut avec celui d’ami de Leguizamón. Un ami qui n’a pas eu de temps de jeu jusqu’à ce mercredi. « C’était celui avec qui c’était le plus difficile parce qu’il y avait trop d’émotions qui entraient en ligne de compte quand il fallait parler avec lui. Ce n’est pas facile, pour nous les Latins, de contrôler nos émotions. Il n’est pas facile de dire à quelqu’un qui se donne à 100 % dans tout ce qu’il fait qu’il ne va pas jouer. C’est le seul avec qui ça m’a vraiment coûté personnellement de le faire. »

Puma depuis 2005, auteur de 13 essais en 86 sélections, Leguizamón ne se résume pas en ces quelques chiffres. Il était un peu le chantre de ce rugby à l’ancienne qui a tant apporté à la sélection argentine. Ce n’est pas qu’un monument des Pumas qui va tirer sa révérence mais un nom qui aura marqué, pendant près de deux décennies, le monde du rugby.

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