Des lendemains radieux pour le rugby géorgien

Selon Peter Horne, de World Rugby, les Lelos produiront bientôt des trois-quarts aussi redoutés que leurs avants.

OMAEZAKI, le 9 octobre - Les Lelos avaient sans doute espéré un tout autre parcours dans cette Coupe du Monde. Mais ils pourront trouver matière à se consoler dans un réservoir de jeunes talents qui laisse augurer de lendemains meilleurs.

Peter Horne, directeur général de la haute performance à World Rugby, en est en tout cas persuadé. Pour lui, la Géorgie illustre parfaitement l'augmentation du « QI rugbystique » parmi les jeunes pousses des nations du Tier 2.

Cette compétition japonaise a été l'occasion pour les Géorgiens de faire découvrir à la planète rugby une palanquée de joueurs prometteurs âgés de moins de 24 ans. Les Otari Giorgadze, Guram Gogichashvili, Vano Karkadze, Giorgi Melikidze et autre Beka Gorgadze, qui évolueront tous en Top 14 l'an prochain, sont appelés à devenir des joueurs de classe mondiale dans les années à venir.

Mais l'évolution la plus frappante du rugby géorgien est peut-être à chercher ailleurs. Alors que la balance du rugby des Carpates penchait jusqu'ici traditionnellement du côté des avants, cette Coupe du Monde 2019 tend à prouver que les Lelos produisent désormais d'excellents trois-quarts.

Citons par exemple le demi d'ouverture Tedo Abzhandadze (ci-dessous, 20 ans), qui a fait étalage de toute sa créativité cette année dans le championnat du monde des moins de 20 ans, Vasil Lobzhanidze, qui fêtera ses 24 ans la semaine prochaine, le centre Giorgi Kveseladze et le demi de mêlée Gela Aprasidze, tous deux 21 ans, ou encore l'ailier Mirian Modebadze, 22 ans. Sans oublier que le centre et capitaine Merab Sharikadze a tout juste 26 printemps.

« Les Géorgiens sont sans doute déçus de leur Coupe du Monde, mais l'important, c'est qu'ils obtiennent de bons résultats chez les jeunes, et cela se retrouvera tôt ou tard au plus haut niveau », se réjouit Horne, responsable du programme de développement mis en place par World Rugby à destination des pays du Tier 2 et des nations émergentes.

« La Géorgie est au cœur d'un processus de mutation. Il faut qu'elle continue d'orienter les jeunes pousses prometteuses de 14 à 16 ans vers ses filières de formation, qu'elle les fasse progresser quotidiennement dans un environnement qui leur permettra d'arriver à l'âge de 18-20 ans avec un QI rugbystique bien supérieur à celui de joueurs repérés sur le tard. » 

« Dans ce domaine, les nations du Tier 1 ont clairement un avantage. Leurs filières incorporent généralement des joueurs plus jeunes, ce qui fait qu'à l'arrivée, l'équipe nationale peut puiser dans un réservoir plus important. »

À l'heure où les Lelos se préparent à affronter les Australiens dans leur dernier match de la Poule D, Horne souligne que le rappel forcé de Mamuka Gorgodze illustre bien la nécessité de donner plus de profondeur au rugby géorgien. Il s'agit d'ailleurs là de l'un des principaux axes de travail de l'instance dirigeante auprès des nations du Tier 2.

« Ils ont souvent un joueur majeur à un poste, mais si on regarde le banc, on s'aperçoit que c'est déjà un peu plus compliqué. Et le reste du groupe est encore un ton en dessous. En cas de blessures, les choses deviennent délicates. La bonne nouvelle, c'est que la Géorgie peut compter sur un bon groupe de jeunes et que les prochaines années s'annoncent sous les meilleurs auspices. Je suis confiant parce qu'ils s'appuient sur un système que d'autres nations ne peuvent que leur envier. »

La principale académie du pays est située dans l'enceinte du centre d'entraînement de la sélection nationale, au stade Shevardeni Rugby, dans la capitale Tbilissi. Mais on trouve également des centres de formation à Koutaïssi et Batoumi, et plusieurs petites académies à Gori et Telavi.

« Le résultat, c'est qu'on a aujourd'hui beaucoup de jeunes Géorgiens qui s'entraînent au quotidien dans un environnement dédié, ce qui se traduit par de la qualité chez les U20, poursuit Horne. Après, il ne reste plus qu'à transformer l'essai au niveau des 'grands'. » 

Vasil Abashidze, directeur de la haute performance de la fédération géorgienne, se félicite du soutien fourni par World Rugby à travers des coaches étrangers comme Milton Haig, Graham Rowntree, Joe Worsley, Phil Healy (préparateur physique) ou Simon Pope (staff médical), qui selon lui a aidé le pays à développer son propre réservoir d'entraîneurs et de techniciens et donc indirectement favorisé l'éclosion d'un plus grand nombre de jeunes talents au niveau senior.

« Un nouveau programme de haute performance a été lancé l'an passé par le sélectionneur des moins de 20 ans, il cible avant tout les joueurs de 14 à 16 ans, explique Vasil Abashidze. Nous pouvons déjà nous rendre compte que le projet va dans la bonne direction. Chaque année, quatre ou cinq internationaux U20 réussissent à franchir le cap de l'intégration dans l'équipe fanion. » 

L'une des difficultés rencontrées par le rugby géorgien tient au fait que les profils les plus adaptés aux postes de la ligne de trois-quarts - des joueurs plus petits et plus rapides - cèdent souvent aux sirènes plus lucratives du football.

« Il faut qu'il continuent à repérer des jeunes ayant le même profil de Vasil et Tedo et qu'ils les fassent venir au rugby, martèle Horne. Le potentiel est là. »

Quoi qu'il en soit, Haig et Horne sont convaincus, sur la base de leur vécu géorgien, que le rugby est d'ores et déjà devenu le sport national.

« Il suffit de parler un peu aux gens pour s'en rendre compte : on sent que le rugby est devenu le sport n° 1, tout simplement parce que la sélection nationale a de meilleurs résultats que les footballeurs, explique Horne. Il faut continuer à gagner les cœurs des petits Géorgiens, c'est la priorité. C'est comme ça qu'on leur fera préférer le rugby au foot. »

« On verra ensuite émerger encore plus de trois-quarts de qualité. Les meilleurs avants géorgiens continueront d'alimenter le championnat de France, ce n'est pas pour rien que beaucoup d'entre eux sont considérés comme des joueurs de classe mondiale. Ce qu'il faut maintenant, c'est que la Géorgie produise plus de trois-quarts de haut niveau, de manière à ce que les grands clubs professionnels s'intéressent plus à eux. » 

RNS amh/pr/co/pf/mp