Mulipola rêve de passer le flambeau à la nouvelle génération

Après avoir quitté son île natale pour devenir pro, le pilier, ancien vendeur de poissons, caresse l'espoir de former une nouvelle génération de piliers samoans.

FUKUOKA, le 9 octobre – De vendeur de pain et de poisson sur le marché d’un petit village à joueur d'une Coupe du Monde de Rugby, il y a plusieurs pas de géant. Un gouffre que Logovii Mulipola a néanmoins franchi, avant de souhaiter désormais transmettre sa passion à la nouvelle génération. Pourtant, le pilier de 32 ans, passé professionnel en 2001 en Angleterre, pratiquait plutôt le rugby en dilettante jusqu’à la fin de son adolescence, trop occupé à aider ses parents à joindre les deux bouts.

« À l’époque, ma mère cuisinait le fa'apapa (un plat traditionnel samoan), raconte-t-il. Mon frère et moi, on allait le vendre au marché. Mon père était pêcheur et on vendait aussi sa pêche. Ça me fait d'ailleurs toujours autant plaisir de le faire quand je rentre chez moi. On va au marché, on vend le poisson et tout le reste. » 

« Ça me fend le cœur quand je rentre au pays, parce que les gens là-bas sont vraiment pauvres, et ma famille fait partie du lot. Mais c’est une pauvreté matérielle, nous sommes riches de nos liens familiaux. On est éduqués comme ça, pour nous c’est naturel d’aider les parents, les frères et sœurs ».

Mulipola était présent dans le XV de départ samoan pour les matches contre la Russie et l’Écosse. Mais encore plus que les rencontres du très haut niveau international, il garde un souvenir attendri des parties dans son pays natal. « Ça pouvait débuter à juste trois ou quatre gars et se finir à 16 ou 17 personnes dans chaque équipe. Jeunes et moins jeunes s’éclataient tous ensemble. Puis arrivait le moment où on commençait à tous se plaquer, et si tu étais bon dans cet exercice, alors tu passais vraiment un bon moment. En fait, c’est comme ça qu’on prend goût au rugby de contact chez nous. Tout part du village. Si tu n’es pas assez fort pour passer cette étape, tu n’iras pas plus loin. » 

En 2009, le pilier a déménagé en Nouvelle-Zélande pour jouer sous le maillot des Hawkes Bay. Deux ans plus tard, il a rejoint l’Angleterre et les Leicester Tigers. Il y a passé sept saisons, avant de signer pour les Newcastle Falcons l’an passé. Si jouer au rugby est une passion, le fait de pouvoir aider sa famille financièrement motive aussi le grand gaillard du Samoa. « J’ai une famille nombreuse, mais genre vraiment nombreuse, souligne-t-il. Tous les mois, je leur envoie de l’argent. Je le fais avec plaisir, personne ne m’y force. »

Au cours des années, il a observé avec intérêt l'évolution positive du rugby pratiqué dans les îles du Pacifique. Alors pourquoi ne pas apporter sa contribution ? « J’adorerais, confirme-t-il. Ce serait super d’aider au développement du rugby samoan, et encore plus à mon poste. Il faut savoir qu’aux Samoa, peu de jeunes veulent devenir pilier. Peut-être que je pourrais leur apporter ma technique et transmettre tout ce que j’ai appris à Leicester et Newcastle. Histoire d’aider les nouvelles générations à s’améliorer. »

Histoire aussi, s'il revient au pays, de se rappeler au bon souvenir des matches de village qu’il apprécie tant. « Le bon vieux temps me manque, avoue le pilier. Celui où on s’éclatait et où je pouvais rentrer dans tout le monde. »

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