Coupe du Monde 2015 - Carter, le génie consacré

Champion du monde sans jouer en 2011, Dan Carter a enfin vaincu le sort et les blessures lors de la Coupe du Monde de Rugby 2015. Une édition où il a largement contribué à la victoire des All Blacks grâce à sa classe au pied, notamment en finale face à l’Australie.

TOKYO, le 30 octobre - Le 31 octobre 2015, Dan Carter a fait ses adieux à la sélection nationale au terme de l’éclatante victoire - qui fut aussi, en grande partie, la sienne - de la Nouvelle-Zélande sur l’Australie (34-17). Une petite histoire, nichée au milieu de la grande, mais qui vaut pourtant le détour. Car l’histoire de Dan Carter lors de la Coupe du Monde de Rugby 2015 est celle d’un aboutissement.

D’abord, l’aboutissement de la carrière du plus grand demi d’ouverture de l’histoire sur le plan des résultats (deux Coupes du Monde remportés) et sur celui des statistiques. En 112 matchs avec la Nouvelle-Zélande, Dan Carter a marqué un total de 1 598 points, record du monde, ce qui le place plus de 400 points devant son dauphin, Jonny Wilkinson (1179 points) ! En quatre Coupes du Monde, son bilan est de 191 points (quatrième au classement dominé par « Wilko » et ses 277 points).

Ensuite, cette Coupe du Monde 2015 est venue conclure en beauté le parcours de joueur de Dan Carter. Avant cette finale 2015 où il a pu enfin toucher la Coupe Webb-Ellis après l'avoir gagnée sur le terrain, l’emblématique joueur formé aux Canterbury Crusaders n’a pas été toujours heureux dans la compétition reine. Les blessures à répétition et les défaites frustrantes ne l’ont en effet pas épargné.

2003 - 2011  : blessures et frustration

En 2003, à 21 ans à peine, pour sa première Coupe du Monde, Carter n’est que remplaçant. Il dispute néanmoins cinq matches et marque 48 points, dont deux essais. Mais n’étant pas le premier choix à son poste – où officie un certain Carlos Spencer -, il ne joue pas la demi-finale perdue contre l’Australie (22-10).

En 2007, auréolé d’un premier titre de meilleur joueur au monde deux ans plus tôt, il porte d'énormes attentes sur ses épaules. Mais le quart de finale du Millenium Stadium de Cardiff face à la France va tourner au fiasco personnel et collectif. Peu avant l’heure de jeu, il se blesse au mollet alors que son équipe mène au score. Il sort et assiste impuissant à l’improbable renversement de situation et à la victoire des Bleus après l’essai de Yannick Jauzion.

En 2011, la Coupe du Monde a lieu en Nouvelle-Zélande, chez lui. Carter veut la gagner. Et il la gagnera, effectivement. Mais ce sera sans la jouer, ou du moins en la quittant très tôt, contraint et blessé. Après sa démonstration en poules contre la France (victoire des Blacks 37-17), il se blesse aux ischio-jambiers à l'entraînement quelques jours après. Il laisse aux jeunes Colin Slade et Aaron Cruden le privilège d'amener les Blacks vers leur deuxième titre mondial. Une sorte de prolongement de son titre de champion de France 2009 avec l’USAP, obtenu encore par procuration après sa blessure en cours de saison face au Stade Français.

En 2015, Dan Carter a donc un double défi à relever. Il a une revanche personnelle à prendre sur le destin pour sa quatrième et dernière Coupe du Monde. Il doit aussi lancer les Blacks vers la conservation de leur titre, un exploit jamais réalisé dans la compétition. Cette fois encore, ses statistiques vont être brillantes. Au cours de ses six matchs disputés, il inscrit 82 points, tous au pied (dix pénalités, deux drops, 23 transformations). Un chiffre comme un symbole pour le troisième réalisateur de la compétition (ex-aequo avec Bernard Foley et derrière Nicolas Sanchez et Handre Pollard), artisan majeur du triomphe des All Blacks grâce à sa classe dans ce secteur de jeu.

La démonstration des phases finales 

Sa montée en puissance lors des matches à élimination directe va être impressionnante. En quarts de finale, lors de la correction infligée à la France, le métronome Carter entre en action, avec ses sept transformations sur neuf essais marqués. En demi-finales, son drop en début de deuxième mi-temps permet aux Blacks de revenir à deux points de Springboks alors dominateurs (12-10 pour l’Afrique du Sud à ce moment-là). Sa maîtrise tactique rayonne sur l’équipe avec l’essai de Beauden Barrett, avant que sa pénalité à l’heure de jeu ne contienne définitivement les prétentions sud-africaines.  

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Mais le meilleur est encore à venir. En finale contre l’Australie, pour son dernier match sous le maillot noir, Carter va briller comme jamais. Il est le patron et il le prouve. À un quart d’heure de la fin, les Wallabies reviennent à seulement quatre points de la Nouvelle-Zélande avec l’essai de Tevita Kuridrani, face à des Blacks réduits à quatorze après l’expulsion temporaire de Ben Smith. Carter claque alors un drop magistral des 40 mètres et remet son équipe dans le sens de la marche par son sang froid. Quelques minutes après, sa pénalité lointaine achève les derniers espoirs australiens, en portant à 19 son décompte de points personnels sur ce match.

Artisan majeur de ce titre mondial, sacré meilleur joueur de la planète ovale pour la troisième fois de sa carrière, Dan Carter fait définitivement son entrée au panthéon du rugby mondial. Un grand parmi les grands.

RNS lc/sc