Déroutés, les Bleus gardent le cap

Suite à l’annulation du match contre l’Angleterre en raison du typhon Hagibis, le XV de France a anticipé son arrivée à Oita, théâtre de son prochain quart de finale. Les Bleus font face stoïquement aux événements.

OITA, le 10 octobre – Les drapeaux des équipes visiteuses flottent au vent dans les rues d’Oita. Bannières des Fidji, du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, du pays de Galles et de l’Uruguay. Mais pas encore le bleu-blanc-rouge de la France. Les Bleus sont pourtant arrivés en ville ce jeudi en milieu d’après-midi après trois heures de bus. Seulement, c’était inattendu. Après son long séjour à Kumamoto, uniquement entrecoupé d’une escapade de deux jours à Fukuoka pour affronter les États-Unis, le XV de France devait s’envoler ce jeudi pour Tokyo, deux jours avant le match au sommet de la Poule C contre l’Angleterre, programmé à Yokohama. 

Mais l’arrivée de l’effrayant typhon Hagibis qui devrait toucher les côtes japonaises samedi a balayé les plans. Le match contre l'Angleterre est annulé, rendant inutile le voyage à Tokyo. Les Bleus sont contraints de libérer leur hôtel de Kumamoto pour laisser place au pays de Galles, qui doit affronter l’Uruguay dimanche dans cette même ville. Direction Oita, où ils disputeront le 20 octobre leur quart de finale a priori contre… le pays de Galles, sauf défaite surprise de ce dernier contre l’Uruguay dimanche. Un changement de programme soudain au milieu d’une Coupe du Monde, aboutissement de longs mois de travail. Mais le camp bleu n’a pas laissé transpirer la moindre crispation. 

Dignité française

Serge Simon, vice-président de la Fédération Française de Rugby, en charge des équipes de France, se fait le porte-parole de la dignité française face à la situation : « Ça va bien au-delà du sportif. Une catastrophe naturelle dantesque arrive sur le pays qui nous reçoit. Une chose à laquelle, nous, Français, ne sommes pas préparés. Évidemment, nos premières pensées vont aux habitants. Vu ce qu’annonce l’agence météorologique japonaise, on espère que ça ne va pas faire de victimes ni de dégâts importants », commence-t-il.

Et de poursuivre : « Ensuite, on pense aux supporters français qui vont être aussi touchés par le typhon. La sécurité avant tout : qu’ils respectent les consignes qui vont être données par les autorités locales, l’ambassade de France et World Rugby pour que là aussi, ce voyage qui est extrêmement troublé par ce typhon ne se transforme pas en tragédie pour certains supporters qui se trouveraient en situation de vulnérabilité. Je ne veux pas oublier non plus que beaucoup de joueurs ont leur famille à Tokyo. On partage les informations que nous avons et on met en place une organisation pour que les familles nous rejoignent le plus vite possible. Même si à Oita, elles ne verront pas le match pour lequel elles étaient venues, au moins qu’elles puissent passer un moment ce week-end avec les joueurs avant de repartir. Après, vient le sportif. Mais qu’est ce que ça compte là dedans ? »

« On ne peut être que fatalistes »

Bien sûr, il y a des regrets, celui de ne pas disputer le crunch. « On est des compétiteurs et on  s’était fait une joie d’affronter l’Angleterre. Comme les Anglais se faisaient une joie de nous retrouver. Un France-Angleterre reste un France-Angleterre, que ce soit à Twickenham, en France ou à Tokyo. Certains joueurs avaient envie de remettre les horloges à l’heure après l’humiliation à Twickenham, promet Serge Simon. Mais on ne peut être que fatalistes. On n’a pas le choix. Il n’y avait aucune possibilité, c’est très clair. On le comprend très bien donc maintenant, on doit basculer. On pense au quart de finale et puis voilà. Ç'a été, je crois, très bien entendu, très bien compris et digéré assez vite. » Après tout, la qualification était acquise et pour les hommes de Jacques Brunel, la compétition va continuer.

Le XV de France, qui a joué dimanche 6 octobre à Kumamoto contre les Tonga, ne s’avancera peut-être pas préparé comme il le souhaitait au niveau du rythme. Mais les Gallois, qui joueront dimanche contre l’Uruguay, pourraient être affectés par des blessures, voire de la fatigue. Les Bleus, eux, auront neuf jours pour se préparer à compter de ce vendredi, qui les verra reprendre l’entraînement. Ils auraient pu être plus mal lotis.

Serge Simon acquiesce. « Nous, ça nous a pas compliqué la vie d’un point de vue logistique. On était à Kumamoto, on descend sur Oita sans passer par Tokyo. Finalement, ça nous fait deux déplacements de moins et on se retrouve dans la ville où on va attendre de jouer les quarts de finale et s’y préparer tranquillement. »  Mais ce qui évidemment n’exclut pas les supporters. Serge Simon assure :  « S’il y a une communauté conséquente de supporters français à Oita, on fera tout évidemment pour partager quelque chose avec eux après ce week-end incroyable. » Contre mauvaise fortune, bon cœur.

RNS gl/sc