Pourquoi les Japonais ont toutes les raisons de craindre l'Écosse

Brillants au pied, les joueurs du Chardon disposent d'une palette offensive qui a de quoi inquiéter les Brave Blossoms.

TOKYO, le 11 octobre - Dans cette Coupe du Monde, les Japonais ont jusqu'ici affronté (et vaincu) la Russie, les Samoa et l'Irlande. Or deux de ces équipes, l'Irlande et la Russie, sont parmi les plus restrictives de la compétition.

Il suffit pour s'en convaincre de se pencher sur la statistique des passes par ruck. Plus ce chiffre est élevé, plus l'équipe pratique un rugby expansif. À ce petit jeu, la Russie et l'Irlande font piètre figure, puisqu'elles se classent 18ème et 16ème sur 20 équipes, avec respectivement 1,27 et 1,30 passe par ruck. Les Samoa sont dixièmes, à 1,47 passe.

Après deux rencontres, les Écossais étaient en cinquième position, à 1,77 passe par ruck. Mais c'était avant leur match contre la Russie, où ils ont réussi 2,23 passes par ruck, mieux que les Fidjiens, leaders de ce classement.

Ainsi, pour leur dernier match de poule, qui est décisif, les Japonais vont se retrouver face à un défi d'un nouveau genre. 

Greig Laidlaw, Finn Russell et Stuart Hogg ont tous les trois un jeu au pied exceptionnel. Les adversaires du XV du Chardon sont obligés de laisser au moins deux défenseurs dans le fond du terrain sous peine de se voir renvoyer dans leur camp par les trois canonniers des Highlands et de subir en termes d'occupation.

Sur ces vidéos, on voit que Russell et Adam Hastings (photo) ne se privent pas de taper par-dessus la défense. Une menace qui a forcé la Russie à retirer trois joueurs de sa ligne.

Or quand celle-ci est dégarnie, les Écossais sont prompts à exploiter les intervalles qui se libèrent. Si à l'inverse la ligne défensive est au complet, ils utilisent leur pied. Sur la vidéo, Hastings (à 21 secondes) et Blair Kinghorn (à 71 secondes) ont tous deux usé de cette stratégie avec bonheur, c'est-à-dire avec un essai à l'arrivée.

À 54 secondes, l'Écosse montre qu'elle est également dangereuse quand le jeu au pied de l'adversaire est défaillant. Car les hommes de Townnsend disposent aux ailes et à l'arrière de véritables dévoreurs d'espace. Dès qu'un coup de pied long n'est pas suffisamment suivi, il y a de bonnes chances pour qu'ils remontent le ballon et portent le danger loin dans le camp de l'adversaire. Le Japon est la sixième nation à recourir le plus souvent au jeu au pied et devra donc se méfier. Mais les Brave Blossoms hésiteront aussi à moins utiliser cette arme, sachant que les Écossais sont très efficaces dans la récupération.  

En mettant Russell sous pression, les Irlandais ont mis à jour une faiblesse écossaise, le génial n° 10 se retrouvant incapable de franchir la ligne de défense des Verts.

Contre les Samoa, il n'a pas eu le même problème. À 45 secondes, on voit qu'il a tout le temps d'ajuster sa diagonale, faisant montre de ce talent qui en fait un des tout meilleurs animateurs au monde.

Les Japonais lui laisseront-ils le loisir d'exploiter ses capacités offensives ? Auront-ils suffisamment d'énergie pour monter en pointe sur lui d'un bout à l'autre du match tout en jouant pied au plancher leurs propres ballons ? Existe-t-il une seule équipe capable de tenir un tel rythme ? 

Russell n'a pas qu'un pied : à 72 secondes, voyant que les défenseurs ne montent pas en pointe, il place un coup de rein pour prendre l'intervalle et parvient à donner un superbe ballon dans le mouvement. Son offload permet à Jamie Ritchie de poursuivre l'action, qui aboutit à l'essai de Laidlaw.

Bref, battre l'Écosse n'a rien d'une sinécure. Bousculée par l'Irlande, elle a depuis retrouvé tout son allant. 

Pour la première fois de la compétition, les Japonais vont se retrouver face à un adversaire qui pratique un jeu très semblable au leur. Et cela pourrait bien être pour eux le plus gros défi de cette première phase. Espérons simplement que le typhon Hagibis ne viendra pas perturber ce qui s'annonce comme un fascinant duel. 

RNS sl/sdg/pp/bo/pf/mp