La Russie, un ours endormi

Toujours pas de victoire dans la besace, mais de bonnes raisons d'espérer pour Lyn Jones et ses ouailles en vue de France 2023.

TOKYO, le 13 octobre – La Russie, invitée de dernière minute à la Coupe du Monde de Rugby 2019, n'avait pas d'ambitions démesurées. Mais sa deuxième campagne mondialiste s'achève avec plusieurs motifs d'espoir.

C'est la Russie, par l'intermédiaire de Kirill Golosnitskiy, qui a ouvert le bal de Japon 2019 en aplatissant dès l'entame face au pays hôte, avant de plier 30-10 contre les locaux.

Seulement quatre jours plus tard, les Ours enchaînaient face aux Samoa. Un délai bien court pour la 20ème nation mondiale, composée majoritairement d'amateurs.

Ce match viril face aux Polynésiens au Kumagaya Stadium s'est soldé par un revers 34-9, suivi de deux défaites à sens unique contre deux nations du Tier 1, l'Irlande (35-0) et l'Écosse (61-0).

À ce stade de la compétition, il était devenu tout simplement impossible pour ces Ours exténués de pratiquer leur jeu, principalement basé sur la défense et les phases statiques. À titre de comparaison, ils avaient inscrit 8 essais assortis d'un point de bonus il y a 8 ans pour leur première participation à la grand-messe du ballon ovale.

Le sélectionneur

Dès que les Ours ont appris leur participation à l'épreuve reine, ils ont contacté le Gallois Lyn Jones, qui s'apprêtait à prendre en main le club de Neath (pays de Galles).

Celui-ci n'a eu qu'une année pour préparer son équipe, suite à la mise à l'écart de l'Espagne, de la Roumanie et de la Belgique pour des problèmes liés à des joueurs inéligibles. Il a donc misé sur un cocktail de jeunesse et d'expérience. Il devrait continuer à cornaquer les Ours puisque son contrat prévoyait une clause d'extension de deux ans.

Le principal talon d'Achille de la Russie est aujourd'hui son efficacité en attaque. Dans le premier match face au Japon, Jones a surpris les Brave Blossoms en misant sur le jeu au pied. Satisfait de ses hommes, il a reconduit sa liste des 23 face aux Samoa, et la Russie menait 6-5 avant que les îliens ne se rebiffent.

Les Samoa s'en sont ben sortis car Motu Matu’u et Rey Lee-Lo n'ont récolté que des cartons jaunes pour des plaquages jugés par la suite dangereux et qui leur ont valu d'être suspendus. Quel aurait été le score à 15 contre 13 ?

Le joueur de la compétition

Le flanker de la Russie Tagir Gadzhiev n'a pas marqué de points, mais il est devenu le point focal des Ours. Ses plaquages spectaculaires et sa charge émotionnelle lui ont valu les louanges de ses partenaires et du staff.

Un changement générationnel s'annonce chez les Ours et il ne serait pas étonnant de voir Gadzhiev (25 ans) recevoir les clés de l'équipe lors des quatre prochaines années.

On s'en souviendra

Avoir accompagné la délégation lors d'une excursion au Mont Fuji. L'occasion de découvrir une autre facette de l'équipe et de l'encadrement, et de voir à quel point l'ambiance était chaleureuse et décontractée dans le camp de la Russie.

Le fait de jeu à retenir

Golosnitskiy a inscrit l'essai le plus rapide de l'histoire dans un match d'ouverture de la Coupe du Monde de Rugby, aplatissant au bout de quatre minutes minutes lors du revers 30-10 face au Japon.

Et maintenant ?

Jones a profité des matches contre l'Irlande et l'Écosse pour donner aux autres joueurs un aperçu du plus haut niveau, avec dans le viseur la qualification pour France 2023. Pour y parvenir, les joueurs devront trouver des clubs à l'étranger, à l'image de Valery Morozov, qui a évolué dans le club de Sale en 2018.

 La décla de la compétition

« Après notre qualification tardive, avec la préparation que ça a impliqué pour affronter le rugby supersonique des nations du Tier 1, il faut vraiment féliciter nos joueurs. Le rugby russe est un ours endormi. Il faut juste le réveiller pour qu'il réalise tout son potentiel. » - Le sélectionneur, Lyn Jones.

« On est assez isolés en Russie, c’est difficile d'aller jouer à l’étranger. Nos jeunes jouent avec beaucoup de fougue et de détermination. On doit absolument aider au développement de nos jeunes talents. Il ne suffit pas d'envoyer les joueurs dans des championnats à l'étranger. Il faut aussi qu'on développe le rugby à l'échelle nationale. » - Vasily Artemyev, capitaine charismatique de la Russie.

Les résultats

Défaite 30-10 contre le Japon

Défaite 34-9 contre les Samoa

Défaite 35-0 contre l'Irlande

Défaite 61-0 contre l'Écosse

La Russie en chiffres

34 – le nombre de capitanats de Vasily Artemyev avec la Russie (record en cours).

31 - la moyenne d'âge du XV le plus âgé aligné à Japon 2019.

14 - le nombre de points du meilleur réalisateur, l'ouvreur Yury Kushnarev.

8 - Artemyev est le seul joueur à avoir débuté les huit matches de la Russie en Coupe du Monde, mais Vladimir Ostroushko et Andrey Garbuzov comptent également 8 sélections mondialistes.

RNS dk/js/mj/ajr/rr/sc