Les Welwitschias disent « sayonara » avec le sourire

Les Namibiens n'ont pas pu jouer leur dernière rencontre de poule face aux Canadiens, et courent donc toujours après leur premier succès en Coupe du Monde. Ils quittent pourtant le Japon sans regrets, et sans se chercher d'excuses.

KAMAISHI, le 14 octobre – Ce n’était sans doute pas le « sayonara » dont ils rêvaient. Par la faute du typhon Hagibis, les Namibiens n’ont pas pu disputer leur dernière rencontre de Poule B face au Canada, un match qui leur aurait peut-être permis de mettre fin à leur série de 22 défaites d’affilée en Coupe du Monde. Mais ne cherchez pas un soupçon de rancœur chez les Welwitschias, ce n'est pas leur genre. Et leur responsable médical ne l’accepterait pas.

Vernon Morkel est un vieux de la vieille dans le monde du rugby. Il a participé à trois Coupes du Monde ainsi qu’à trois Trophées mondial de rugby à XV des moins de 20 ans, et c’est notamment lui qui a transmis à l’équipe ce refus de la culture de l’excuse. Ce que les Namibiens font, ils l’assument. La deuxième meilleure équipe africaine va donc quitter la compétition en sachant qu’elle a tout donné sur le terrain.

« Au cours de ma carrière, j’ai vu ce qu’il pouvait se passer quand les joueurs perdent : ils râlent, ils reprochent tout à tout le monde, sauf à eux-mêmes, a-t-il expliqué. Tu peux toujours te trouver des excuses. Mais pas de ça chez nous. On donne aux joueurs les meilleurs soins possibles, la meilleure préparation physique possible, les méthodes de récupération et de nutrition les plus poussées. Ils ont tout. Alors, quand ils sont le terrain, pas d’excuses. Ils n’ont aucune raison de ne pas être performants. »

Le physiothérapeute en chef de l’équipe, Innis Erasmus, est également très impliqué dans ce projet. Lui et sa famille ont déménagé en Namibie depuis l’Afrique du Sud afin qu’Erasmus puisse se concentrer sur la préparation des joueurs. « L’objectif, c’est de fournir aux nations du Tier 2 un encadrement digne des nations du Tier 1, précise-t-il. De cette façon, les joueurs n’ont aucune excuse pour ne pas gagner un match en Coupe du Monde. »

Alors que les Canadiens (qui auraient dû être leurs adversaires dimanche) commencent à recueillir les fruits de leur participation à la Major League Rugby, les Namibiens ont, quant à eux, toujours un pied dans le rugby amateur. Une particularité qui peut parfois présenter certains avantages. 

« Les joueurs sont très consciencieux en termes de récupération et de nutrition, observe un des physiothérapeutes de l'équipe, Aneurin Robyn. Ils ne jouent pas au rugby de façon professionnel et ont un métier au quotidien, donc ils doivent être doublement attentifs à leurs corps, car ils dorment moins et ont encore plus de stress. »

Selon Vernon Morkel, ce côté pragmatique insuffle une certaine autosuffisance au groupe. Cet état d’esprit pourrait s’avérer très utile alors que l’équipe africaine quitte la Coupe du Monde japonaise pour mettre désormais le cap sur l'édition 2023 en France.

« On poursuit un rêve : remporter cette victoire en Coupe du Monde qui pour l’instant nous échappe, confie-t-il. Ce succès serait une récompense pour tout le travail abattu. Notre nation le mérite. On se ferait un nom au niveau des sponsors et beaucoup plus de gamins s’intéresseraient à notre sport. Représenter mon pays en Coupe du Monde, c’est un grand honneur et un grand privilège. Quoi que tu fasses dans la vie, il faut viser les sommets. J’ai voyagé dans plus de 20 pays grâce au rugby. J’ai rencontré des gens de tous les horizons, et personne ne pourra m’enlever cette richesse. L’argent n’achète pas tout, et surement pas toutes ces expériences. »

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