Trois solutions pour sortir efficacement de son camp

Se sortir de la pression adverse est une mission essentielle. Que ce soit à la main ou au pied, chaque équipe a ses habitudes. Des mouvements travaillés à l'entraînement qui ont des avantages... et des inconvénients.

TOKYO, le 15 octobre – C’est quasiment la première action lors de chaque match de rugby : un coup de pied pour sortir de son camp. Lorsque le coup d’envoi est profond, l’équipe en position défensive fait tout pour se donner de l’air et ne pas être en difficulté dès le début de match.

Une situation a priori anodine, simple à négocier, mais qui cache en réalité des heures de réflexion et de travail. Dans un sport où le gain du territoire adverse tend à devenir l’alpha et l’oméga – bien plus que la possession de balle – ces situations sont en effet devenues cruciales.

Afin de ne pas donner trop d’indications à l’équipe adverse, il existe des alternatives à chaque situation (jeu à la main, jeu au pied de pression ou de dégagement). Comme toujours, l’adaptabilité situationnelle dans un laps de temps restreint est donc un facteur déterminant.

Le coup de pied de pression des Américains

Premier exemple avec le cas le plus fréquent. Sur les images ci-dessous, tout part d’un contre en touche de l’Américain Cam Dolan. Les Eagles se retrouvent avec une possession dans leurs 22 mètres qu’ils n’avaient pas prévu. Il faut donc parer au plus pressé pour ne pas se mettre en danger. Face à des Pumas généralement agressifs sur leurs montées défensives, ils ne veulent pas prendre le risque de relancer à la main au grand large. Hypothèse écartée.

Ils ne veulent pas non plus se précipiter et jouer au pied trop rapidement sans être prêts à reconstituer un rideau compact et capable de mettre la pression sur l’adversaire à la retombée. Ils décident donc d’effectuer un temps de jeu préparatoire. Objectifs : rester si possible dans les 22 mètres – pour pouvoir taper en touche si le besoin s’en fait sentir – et se rapprocher de la ligne de touche pour faciliter le coup de pied du demi de mêlée Ruben de Haas.

Pourquoi la ligne de touche ? Pour réduire les possibilités de relance adverse. En bottant dans le couloir, de Haas permet à ses coéquipiers d’enserrer plus facilement le joueur à la réception. En tapant au centre du terrain, il aurait ouvert les possibilités de départ à gauche ou à droite, mettant ses coéquipiers dans l’embarras et fragilisant sa formation.

Ce genre de coup de pied est généralement dévolu au demi de mêlée. Il permet tout d’abord de décharger son ouvreur d’une pression démesurée – le numéro 9 étant pour sa part protégé par ses avants pour dégager – mais également de rapprocher la ligne de hors-jeu potentiel et donc de mettre plus de pression à la retombée.

L’ouvreur, l’alternative profonde

Certaines équipes préfèrent confier cette charge du dégagement à leur demi d’ouverture. Celui-ci a une vision périphérique supérieure au demi de mêlée, plongé dans le ruck, et offre une longueur de coup de pied supérieure à son compère de la charnière.

Mais, comme cela a été vu précédemment, cette stratégie a un défaut : il faut une coordination parfaite entre le numéro 10 et son ailier côté fermé, qui va monter dans le même timing pour être le premier à mettre une pression sur l’adversaire. Il ne peut pas anticiper le dégagement. Même constat pour les avants, qui doivent attendre le passage de l’ailier pour pouvoir monter à leur tour.

Exemple avec le pays de Galles ci-dessous. Jonathan Davies – qui remplace le demi d’ouverture sur cette action – se situe 15 mètres derrière son demi de mêlée Gareth Davies. Sur l’aile gauche, Josh Adams est dans les starting blocks pour monter. La passe de G. Davies est suffisamment vive pour empêcher son coéquipier d’être pressé. Les joueurs placés devant doivent alors attendre d’être dépassés par le botteur ou Adams.

James Davies – au centre du terrain – n’attend pas et se fait sanctionner. Au lieu de mettre les Fidji sous pression, le pays de Galles offre donc une pénalité aux Fidjiens à cinq mètres de la ligne qui aboutira à un essai des coéquipiers de Radradra.

Comparativement à la première, cette option est généralement utilisée lorsque l'équipe est sous une grosse pression afin de se donner de l'air avec une plus grande longueur au pied. Mais cela nécessite un sens du timing beaucoup plus poussé entre les arrières pour coordonner passe, coup de pied et courses. Pour diminuer le risque de hors-jeu, les équipes optent généralement pour ce coup de pied lorsqu'il faut trouver une touche et ne pas laisser le ballon sur le terrain.

La relance : prise de risque maximale, gains optimisés

Si la plupart des nations optent pour une de ces deux solutions, certaines en choisissent une troisième : la relance à la main. Le risque est total mais le gain peut être immense.

Retour au match États-Unis – Argentine. Après le dégagement de Ruben de Haas côté américain, cette fois-ci, c’est l’inspiration des Pumas qui va nous intéresser. Les Argentins, dans leurs propres 22 mètres, tentent de repartir à la main sur l’aile droite. Le ballon ne passe pas et on est même très proche de l’interception des Eagles. Première prise de risque.

Delguy est le premier à récupérer le ballon et se retrouve dans une situation d’urgence dos au jeu. Il pourrait tenter de créer un ruck mais ses avants sont très loin de lui et le soutien manque (Delguy se retrouvant derrière ses coéquipiers). Il n’a donc pas d’autre choix que de tenter l’exploit solitaire. Deuxième prise de risque, forcée celle-ci. Brièvement repassé dans son en-but, il y évite deux adversaires avant d’entamer sa remontée du terrain. Delguy a besoin de 50 mètres pour remettre son équipe dans l’avancée.

Joueur de grand talent, Delguy peut prendre ce genre d’initiatives qui a permis, après avoir battu cinq défenseurs et une course de près de 100 mètres, d’aller trouver une touche dans les 22 mètres adverses. Mais toutes les équipes n’ont pas un Delguy dans leur effectif…

Les sorties de camp varient donc énormément selon l’équipe, sa culture et les talents à sa disposition. Les équipes solides défensivement vont chercher à mettre des coups de pied de pression. Certaines, qui aiment tenir le ballon (Argentine, Uruguay, Japon, Écosse entre autres), seront plus tentées de repartir à la main. Mais, quelle que soit la stratégie employée, elle nécessite un travail préparatoire colossal pour connaître le rôle de chacun et être sur la même longueur d’ondes.

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