La touche, incubateur d'idées des entraîneurs

Lancer volontairement trop long en touche, joueur plaqué qui relève lui-même le ballon, mélange d'avants et de trois-quarts dans l'alignement. La phase de poules a révélé de nouvelles tactiques mises en place par des entraîneurs toujours à l'affût de ce qui fera déjouer l'adversaire.

TOKYO, le 15 octobre - Les règles du rugby offrent aux entraîneurs assez de latitude pour qu'ils laissent parler leur créativité. Et quelle meilleure scène qu'une Coupe du Monde pour dévoiler ses nouvelles astuces ? On vous dévoile trois innovations tactiques relevées au cours de la phase de poules. 

Le lancer trop long

Pendant longtemps, le lancer en touche trop long était vu comme une faute. Les talonneurs qui visaient le fond de touche dosaient mal leur lancer et le ballon lobait tout le monde. L'équipe en possession du ballon au moment de la touche devait alors se débrouiller pour sécuriser le ballon, quand elle arrivait à le récupérer.

Les équipes ont fini par comprendre que cette « erreur » pouvait finalement être exploitée positivement, à condition de l'utiliser avec parcimonie. Sur la plupart des touches, les joueurs qui ne figurent pas dans l'alignement doivent se tenir à 10 mètres minimum de leurs coéquipiers. Mais quand la touche a lieu à moins de dix mètres de leur propre ligne d'essai, les joueurs peuvent se positionner sur la ligne d'en-but, c'est-à-dire à cinq mètres du lieu de la touche, tandis que leurs adversaires sont deux fois plus loin.

Misant sur cet avantage, certaines équipes ont commencé à jouer des touches à cinq mètres de leur ligne délibérément trop longues. Plutôt que d'enclencher le combat dans l'alignement puis sur un ballon porté, elles visent immédiatement le centre du terrain pour lancer une attaque plein champ, profitant du fait que l'équipe adverse ne s'y attend pas et n'a pas le temps d'intervenir.

Dorénavant, on voit aussi des équipes qui lobent l'alignement volontairement même quand elles ne sont pas acculées à leur ligne. L'Angleterre l'a fait contre l'Argentine par exemple (voir clip ci-dessous), les Fidji également.

Avec le travail d'analyse effectué en amont des matches, chaque équipe sait plus ou moins à quoi s'attendre sur ce secteur de jeu. Mais le lancer trop long a le mérite de provoquer le doute dans l'esprit de l'adversaire, qui a un paramètre supplémentaire à prendre en compte.

 

Le trois-quarts qui joue comme un avant

La touche n'est pas un domaine réservée aux avants. Tout le monde peut y participer. Traditionnellement, seuls les joueurs aux maillots floqués du 1 au 8 se positionnaient dans l'alignement, tandis que le demi de mêlée se tenait prêt à recevoir un ballon volleyé ou passé par le preneur pour lancer les trois-quarts. 

Mais quand les avants choisissent l'option ballon porté, le demi de mêlée n'est pas d'un grand apport, à la différence d'un trois-quarts plus costaud, qui peut avoir un impact plus marqué dans le maul.

Que faire, du coup, du demi de mêlée ? Beaucoup d'équipes le plaçaient en tête d'alignement. Inconvénient, cela révélait au grand jour la tactique à venir. Demi de mêlée en tête d'alignement ? Ok, on se prépare à défendre un maul.

En réponse, les équipes se sont mises à varier leur attaque. Un maul parfois, mais d'autres fois le demi de mêlée glissait du début d'alignement à sa position habituelle, d'où il pouvait réceptionner le ballon transmis par le sauteur. 

Dans la vidéo ci-dessous, l'Argentine va encore plus loin dans ce concept. Les Pumas placent leur ailier Santiago Carreras en tête d'alignement, tandis que le demi de mêlée remplaçant Felipe Ezcurra est est en position de recevoir le ballon. Carreras sort de l'alignement pour s'enfoncer au cœur des avants anglais, et envoie Matias Moroni à l'essai. La touche n'est plus le royaume des seuls avants.

Le « get-up-and-go »

Vous avez sûrement déjà entendu les arbitres s'écrier « release » (« lâchez ») pendant cette Coupe du Monde 2019. Cette injonction s'adresse aussi bien au plaqueur qu'au plaqué. Une fois le plaquage effectué, le plaqueur doit relâcher le porteur de balle, et ce dernier doit libérer le ballon une fois au sol.

Du moment que le porteur de balle libère le ballon, rien ne lui interdit de se relever, et de le reprendre immédiatement. Le Japon, notamment son numéro 8 Kazuki Himeno (en vidéo face à l'Irlande), a été particulièrement habile dans l'application de cette stratégie.

Dans la vidéo ci-dessous, on voit Himeno se faire plaquer. Il libère le ballon, puis se remet tout de suite sur ses appuis. Les défenseurs russes viennent sécuriser les abords du ruck mais oublient la zone du plaqué. Himeno se relève, ramasse le ballon et effectue dix mètres de plus.

Les défenses peuvent y remédier en impliquant plus de joueurs dans le ruck. Cela prive l'attaquant de l'espace nécessaire pour repartir mais à l'inverse, cela déplume la défense au large.

Les entraîneurs ont déjà dévoilé quelques nouveautés durant les matches de poules. Mais on peut s'attendre à ce qu'il leur reste quelques bottes secrètes qu'ils sortiront à l'occasion des quarts de finale. Gardez l’œil ouvert ce weekend, il y aura sûrement quelques innovations tactiques à débusquer.

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