À défaut de gagner des matches, le Canada a gagné les cœurs

Le typhon Hagibis a privé les Canucks de leur meilleure chance de victoire, mais l'arrivée de la Major League Rugby et de jeunes prometteurs leur offrent de nouvelles perspectives.

TOKYO, le 15 octobre - Qualifiés pour chaque Coupe du Monde mais incapables d'atteindre les quarts de finale depuis 1991, aucune victoire au compteur en 2015 : les Canadiens étaient venus au Japon avec un objectif simple, gagner au moins un match.

Au final, leurs espoirs ont été douchés par leurs adversaires mieux placés au classement World Rugby et par le typhon Hagibis.

Privé de sa meilleure chance de victoire suite à l'annulation du match contre la Namibie, la Canada a plongé dans l'incertitude quant à son futur.

« C'est vraiment compliqué de savoir si on a progressé ou pas depuis quatre ans, juge le capitaine canadien Tyler Ardron. En fait non. C'est sûr qu'on a progressé. Toutes les équipes se sont améliorées depuis quatre ans. La question, c'est plutôt de savoir si on a réduit l'écart qui nous sépare des meilleures équipes. »

La réponse n'est pas évidente. 

Le sélectionneur

Depuis que son équipe a posé pied au Japon, le sélectionneur Kingsley Jones a encouragé les observateurs à se montrer « réalistes » sur les possibilités des siens. Dernière équipe qualifiée en passant par un repêchage, le Canada n'a eu que dix mois pour se préparer. Trop peu pour combler le gouffre qui le séparait de ses rivaux de la Poule B.

Si l'objectif déclaré était de battre l'Italie et de se qualifier directement pour la Coupe du Monde 2023, les Canucks avaient surtout ciblé le dernier match de poule face à la Namibie, elle aussi membre du Tier 2. 

« J'ai le sentiment que l'équipe a grandi, mais en réalité, on n'a pas eu l'occasion de le vérifier », regrettait Jones après l'annulation du match, seulement six heures avant le coup d'envoi. « Je pense qu'on aurait gagné. Ça nous aurait donné une idée de là où nous en sommes. Pour l'instant, on n'en sait rien. »

Jones a apprécié la capacité du Canada à jouer au large, et à étirer par moments la défense de la Nouvelle-Zélande et de l'Afrique du Sud. Mais il a aussi souligné la nécessité de garder les adversaires sous pression sur de plus longues séquences. Le Gallois s'est également dit préoccupé par le manque de profondeur de l'effectif à certains postes, en particulier à celui d'ouvreur. Il a dû s'appuyer sur Peter Nelson, Irlandais de naissance, qui a fait ses débuts avec le Canada en juillet.

Jones étant engagé sur le long terme auprès des Canucks, il aura l'occasion de travailler sur ces points.

Le joueur de la compétition

Avec seulement deux essais inscrits, difficile de ressortir un joueur pour ses performances offensives. Cependant, Ardron et Nelson ont mis leur équipe dans l'avancée autant que possible. La première ligne semble avoir de l'avenir, en particulier le talonneur Andrew Quattrin.

On s’en souviendra

Les Canadiens ont gagné une popularité inattendue grâce à leur intérêt pour la culture locale. Cela semblait donc logique qu'une fois le match contre la Namibie annulé, les joueurs se joignent à la population de Kamaishi pour nettoyer les dégâts liés au passage du typhon. Ils ont gagné les cœurs et marqué les esprits au Japon à travers ce geste de générosité.

 

Le fait de jeu à retenir

Matt Heaton a connu des débuts en Coupe du Monde compliqués. Il a gâché un essai tout fait contre l'Italie qui est devenu un mème sur Instagram et a inspiré un manga. Mais le troisième ligne a pris la chose avec beaucoup d'humour et s'est juré de rattraper cette maladresse à la prochaine occasion. Ce qu'il réussit à faire, en étant l'auteur du seul essai de son équipe contre l'Afrique du Sud.

Et maintenant ?

Le but premier du Canada était de poser les fondations d'un plan allant jusqu'à la Coupe du Monde 2027. Vingt des joueurs présents sur cette Coupe du Monde peuvent prétendre à une place dans le groupe canadien en 2023, à condition que les Canucks se qualifient. Les premières lignes Quattrin, Conor Keys et Djustice Sears-Duru en seront probablement les leaders. La montée en puissance de la Major League Rugby devrait aussi apporter du sang frais dans le squad.

Le meilleur marqueur d'essais de l'histoire du Canada DTH van der Merwe a annoncé sa retraite, et va embrasser une carrière de pompier, à 33 ans.

Les déclas de la compétition

« Je suis rentré dans le vestiaire, d'un silence absolu. En arrivant, je pensais que le vestiaire était vide, que je m'étais trompé de lieu. En fait il y avait une douzaine de mecs en train de lire. Je n'en revenais, je n'avais jamais vu ça. Par rapport à la plupart des joueurs qui j'ai entraînés, ce sont des gars différents. » - Le sélectionneur Kingsley Jones, à propos du « club de lecture ».

« J'ai grandi en regardant ces mecs jouer. Ils n'ont pas la moindre idée de qui je suis. Pour eux, je suis juste un quidam moyen. Pour moi, ce sont les meilleurs joueurs du monde, sans doute les 23 meilleurs du monde. Je suis personne pour eux, donc c'est un boulot pour moi. J'aime n'être personne. » - Le talonneur Andrew Quattrin, avant le match face à la Nouvelle-Zélande.

Les résultats 

Défaite contre l'Italie 48-7
Défaite contre la Nouvelle-Zélande 63-0
Défaite contre l'Afrique du Sud 66-7
Match nul contre la Namibie (match annulé)

Le Canada en chiffres

15 apparitions en Coupe du Monde pour DTH van der Merwe, qui a établi ce record pour un Canadien face à l' Afrique du Sud.

10 mois de préparation à la Coupe du Monde 2019, entre le moment où les Canadiens ont obtenu leur qualification en passant par un tournoi de repêchage, et le moment où ils ont atterri au Japon.

6 puzzles réalisés en groupe par les joueurs durant leur temps libre au Japon.

3 Coupes du Monde sans la moindre victoire pour le Canada (2007, 2015, 2019).

RNS ls/lm/bo/jf/sc