Les meilleurs ennemis du monde

La légende wallaby George Gregan et l'ancien numéro 9 de la Rose Matt Dawson remontent le fil d'une rivalité hors normes entre l'Angleterre et l'Australie, qui se retrouvent samedi en quart de finale.

OITA, le 17 octobre - Qui de mieux placé pour évoquer la rivalité historique entre l'Australie et l'Angleterre que George Gregan et Matt Dawson ?

Les anciens demis de mêlée cumulent à eux deux 216 capes, ont gagné une Coupe du Monde chacun et pris part à plusieurs clashs mémorables entre les deux vieilles nations rivales, dont la finale de la Coupe du Monde 2003.

À trois jours du prochain épisode, dimanche à Oita, Gregan a parfaitement résumé, en quelques mots, l'une des plus grandes rivalités de notre sport. 

« Ç'a toujours été énorme, et ce le sera toujours », assène l'ancien capitaine des Wallabies. « C'est une chance de jouer ces matches. Les joueurs le ressentent, les fans aussi : ce sont des gros matches, des moments importants. On se souvient toujours d'où on est quand ces matches ont lieu. »

Rien d'étonnant donc à ce que Gregan comme Dawson se souviennent avec précision du moment où cette affiche a marqué leur vie pour la première fois. Pour Dawson, tout a commencé par un moment terriblement douloureux.

« J'étais tellement à fond dans le rugby ! J'avais 19 ans et le rugby était toute ma vie. Voir l'Angleterre perdre ce match, ça m'avait littéralement détruit », confie-t-il à propos de la finale de la Coupe du Monde 1991, remportée par l'Australie devant l'Angleterre 12-6 à Twickenham. « Je respectais beaucoup cette équipe d'Australie, qui était très bonne. Mais dans les rangs anglais il y avait Will Carling, Jerry Guscott et Rob Andrew. C'était mes idoles. »

Preuve que le duel anglo-australien dépasse largement le cadre du rugby, le souvenir le plus marquant de Gregan - le Wallabies le plus capé de l'histoire - vient d'un autre sport. 

« C'est la victoire en 1989 d'Allan Border et son équipe aux Ashes. C'était incroyable pour moi », se souvient l'ancien n° 9, fou de cricket. « Il avait repris une équipe à la rue et ils sont allés gagner les Ashes en Angleterre (pour la première fois depuis 14 ans). »

Impossible pour eux de passer à côté de la finale de la Coupe du Monde 2003. Le sujet arrive rapidement sur le tapis. Et sans surprise, Dawson est un peu plus volubile à ce propos.

« Gagner une Coupe du Monde face au pays hôte, c'est quelque chose d'incroyable », apprécie-t-il, se remémorant la victoire des Anglais 20-17 grâce à un drop de Jonny Wilkinson dans les prolongations. Gregan, 46 ans, porte un jugement un peu différent, et surtout plus lapidaire : « C'était naze ».

« Chaque fois que la Coupe du Monde approche, on repasse les images où Dawson se faufile entre le premier rideau défensif pour gagner quelques mètres. Puis Jonno (Martin Johnson) charge et Jonny (Wilkinson) tape son drop », rigole Gregan, avant de reconnaître, fair-play que « l'Angleterre avait une sacrée équipe ». 

Comme c'est souvent le cas dans les grandes rivalités, le vaincu n'a pas mis longtemps à remettre les pendules à l'heure. Moins d'un an après que Dawson et sa bande ne lèvent la coupe Web Ellis, Gregan tenait sa revanche. A Brisbane, des Wallabies revigorés collaient 51 points au XV de la Rose.

Remplaçant ce jour, Dawon préférerait probablement oublier cet après-midi douloureuse. Toutefois, ce n'est pas le pire moment qu'il ait vécu sur l'île-continent. Six ans plus tôt, l'histoire avait tourné au cauchemar pour les Anglais. 

« J'étais capitaine pour la première fois, je regardais depuis la touche et j'étais couvert de honte, confesse-t-il à propos de la raclée 76-0 subie à Brisbane en 1998. Leurs remplaçants faisaient des pompes à chaque fois que leur équipe marquait. Ils ont marqué tellement souvent qu'ils ont fini par faire des abdos plutôt que des pompes, ils n'en pouvaient plus. » 

Les deux anciens internationaux l'avouent, ils ont hâte d'être à samedi pour voir le match. Et bizarrement, ils sont presque d'accord au moment de faire un pronostic.

Gregan, le meilleur joueur que Dawon ait jamais affronté selon lui, juge que « c'est du 50-50 », insistant sur le fait que « l'Australie développe un rugby qui pose problème à toutes les équipes ». Son homologue de l'époque est - et c'est inquiétant pour les supporters anglais - beaucoup moins confiant. 

« J'ai toujours dit, avant même les matches de préparation, que je préférais qu'on affronte le pays de Galles en quart de finale plutôt que l'Australie. C'est une véritable équipe de Coupe du Monde. Ils vont sans doute nous sortir un truc du chapeau auquel personne n'aura pensé quand il s'agit de jouer contre l'Angleterre. »

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