Maxime Médard : « Un quart de finale, ce n’est pas un aboutissement »

Il est l’un des vétérans des Bleus avec Louis Picamoles et Guilhem Guirado : Maxime Médard, 33 ans et 62 sélections, apportera son expérience précieuse dimanche face aux Gallois en quart de finale de la Coupe du Monde.

OITA, le 17 octobre - Il avait connu, durant l'édition de 2011, la délicate phase de poules et puis un XV de France transfiguré en phase finale. Huit ans après, l’arrière des Bleus Maxime Médard va disputer un deuxième quart de finale de Coupe du Monde. Avant de défier les Gallois, le Toulousain s’est confié à rugbyworldcup.com

Quel souvenir gardez-vous de la dernière confrontation contre le pays de Galles en Coupe du Monde ?

C’était en demi-finale en 2011. On n’était pas passé loin de la correctionnelle (victoire 9-8). On sortait d’un match héroïque contre les Anglais, lors duquel on avait besoin de se racheter par rapport au dernier match de poule contre les Tonga. On avait laissé beaucoup d’énergie et d’influx sur ce quart de finale. En demi-finale, ça avait été difficile malgré ce carton rouge pris assez rapidement par les Gallois. Je ne sais pas si ça nous avait perturbés. Peut être qu’intérieurement on s’est dit que ça serait plus facile d’aller en finale… Prendre un rouge rapidement, c’est à double tranchant : ça peut fragiliser, mais ça peut aussi motiver deux fois plus celle qui est en infériorité pendant que celle qui est en supériorité se relâche. Quand ils sont passés à 14, on a un peu déjoué et on a failli passer à côté, avec notamment cette pénalité ratée par Halfpenny pour quelques centimètres. 

Huit ans après vous allez revivre un quart de finale de Coupe du Monde. Qu’est ce que vous ressentez ?

Je trouve que c’est beau. Après tant d’années à courir après l’équipe de France, après cette édition 2015 que j’ai loupée, revenir en Coupe du Monde et être en quart de finale alors qu’on nous prédisait beaucoup de choses mais rarement du positif, c’est un bonheur. On est contents d’être en quart de finale, mais pour nous ce n’est pas forcément un aboutissement.

Vous avez connu une phase de poules délicate en 2011, avant un quart de finale abouti contre l’Angleterre : allez-vous parler de cette expérience à vos coéquipiers avant le match ?

On a montré des belles choses pendant cette phase de poules, mais il y a eu également beaucoup de frustration. Est-ce qu’on va réussir à se lâcher ? Jouer 80 minutes au lieu de 40, ça serait bien. Il y a huit ans, on avait perdu contre les Tonga, on voulait se racheter. Pour nous, il était question de revanche. À l’intérieur, c’était difficile. Aujourd’hui, c’est différent : il faut que chaque joueur savoure le fait d’être en quart mais trouve de la motivation à droite et à gauche pour l’être à 200 %. Si on n’élève pas notre niveau, les Gallois vont nous rouler dessus.

Les dernières confrontations face au pays de Galles - une défaite 14-13 à Cardiff en 2018, puis une défaite dans le dernier Tournoi en ayant tout de même mis cette équipe en difficulté puisque vous meniez 16-0 à la mi-temps - peuvent-elles nourrir une forme de confiance ?

Oui, mais il faut avoir en tête que la différence entre les grandes équipes et les autres, c’est que sur des matches où tu es en difficulté, où un bras de fer est engagé, les grandes équipes ne cèdent pas. Le pays de Galles, c’est une très grande équipe : même si on menait 16-0, elle a su nous mettre à mal, gagner le match, puis le Tournoi. Dans l’endurance mentale, dans le jeu d’échecs qui s’engage au cours d’un match, ils sortent souvent gagnants. C’est pour cela qu’il va falloir élever deux à trois fois notre niveau. Ensuite, il faudra prendre du plaisir et ne pas trop calculer.

Quel regard portez vous sur la défense galloise, citée en exemple mais dont le taux d’efficacité au plaquage est inférieur à celui du XV de France (85 % contre 89 %) ?

Je relativise les chiffres : ils ont joué les Fidji et l’Australie. Contre les Fidjiens, c’était dur, âpre. Ils ont dû affronter deux grosses équipes, après ils ont aussi fait tourner. Il faut mettre de côté les statistiques : quand on rentre en quart de finale, il y a beaucoup de choses qui changent. Durant la phase de poules, il y a des choses à régler, des structures à revoir, une quête de confiance. La phase finale, c’est à part. Tout le monde va élever son niveau. C’est comme une autre compétition qui débute.

Les Anglais ont une expression : « do or die », littéralement « le faire ou mourir » (pour « ça passe ou ça casse »). C’est dans cet état d’esprit qu’il faut être ?

Il ne faut rien lâcher. Moi, je dirais surtout qu’il faut qu’on joue ensemble. Quand on joue ensemble, quand chacun joue pour les autres, on est une équipe redoutable. Et puis après, il faut qu’on cherche à prendre du plaisir. Forcément les Gallois sont favoris. Cette équipe figure depuis quelques années parmi les meilleures au monde. On n’a pas à rougir d’être en quart et on va tout donner pour faire quelque chose.

Si les Gallois sont favoris, il y a toujours cette idée que l’équipe de France est capable de tout…

Parce qu’on est des joueurs d’instinct. C’est sûr qu’en terme de régularité, on n’est surement pas les meilleurs. Mais depuis longtemps, le XV de France, les joueurs français, ont montré qu’ils étaient capables de rivaliser avec tout le monde sur un match, de se sublimer. Il y a ce quart de finale déjà. Au classement mondial, on est huitième. Si on veut être champions du monde, il faudra passer devant tout le monde. On est contents d’être là. Maintenant, c’est une autre histoire qui commence. On a confiance en nous, en nos structures, en notre jeu. Maintenant, il faudra élever notre niveau et notre rigueur.

RNS gl/mp