Kerevi prêt à devenir le centre du monde

Nos analystes décortiquent le style de plusieurs joueurs qu'il faudra surveiller de près ce week-end pour les quarts de finale. Il est l'heure de se concentrer sur le trois-quart australien Samu Kerevi.

OITA, le 18 octobre – Depuis l’annonce de la titularisation de Jordan Petaia, 19 ans, avec le n° 13 dans le dos face à l’Angleterre, tout le monde du rugby ne parle que du jeune prodige. Mais si Michael Cheika peut se permettre de plonger son jeune talent dans le grand bain des quarts de finale, c’est parce qu’il aura à ses côtés ce qui se fait de mieux au centre : Samu Kerevi.

Depuis 18 mois, le trois-quart est l’un des noms récurrents sur la feuille de match de Cheika, et les chiffres semblent donner raison au choix du sélectionneur. Kerevi est tout simplement le centre qui a battu le plus de défenseurs et fait le plus de mètres ballon en main lors de cette Coupe du Monde.

« C’est un gros gabarit. Si on a besoin d’être dans l’avancée ou de percuter, on lui donne le ballon. On sait qu’on aura un bon ballon derrière », confiait cette semaine l’ailier Marika Koroibete.

Son duel avec Manu Tuilagi, actuellement parmi les meilleurs centres de la planète, sera l’une des clés de ce quart de finale entre l’Australie et l’Angleterre. « C'est un grand joueur, très puissant. Il sort d'une saison remarquable. Je suis impatient de relever le défi », a affirmé Kerevi en apprenant la titularisation du centre du XV de la Rose qui lui a envoyé des fleurs en retour : « C'est un élément clé de leur dispositif, et on ne peut pas se permettre de lui laisser le moindre espace. »

S’il a disputé un match de moins (2 contre 3), Tuilagi a néanmoins eu le temps de faire 20 courses (48 pour Kerevi), parcourir 131 mètres (Kerevi avec 191) et battre neuf défenseurs (20 pour le centre australien).

Aucun joueur n’a réussi une aussi belle première phase que Kerevi. Pas même les rois du monde néo-zélandais avec Anton Lienert-Brown, le Springbok Frans Steyn ou le Gallois Jonathan Davies.

À 26 ans, Kerevi est le vice-capitaine des Wallabies. C’est aussi le centre le plus performant de cette Coupe du Monde. « C’est toujours agréable à entendre, reconnaît-il humblement. Mais je ne pense qu’à l’équipe et à la servir du mieux possible. »

Le coéquipier idéal

Le règne de Kerevi n’a pas débuté le mois dernier. Sa saison en Super Rugby s’est révélée sensationnelle. Joueur ayant effectué le plus de courses (220) et de offloads (26), il pointe au deuxième rang du nombre de défenseurs battus (71) et dans le top cinq des meilleurs franchisseurs.

Pour connaître la qualité d’un tel joueur, le plus simple est souvent de demander à ceux qui l’entourent. Focalisant la défense adverse, il décharge son ouvreur d’une grosse pression et lui permet de jouer régulièrement dans l’avancée, avec le jeu devant lui.

« C’est un type naturellement calme, décontracté, a confié Christian Lealiifano, titularisé à l’ouverture ce samedi. Il emmène de la puissance, c’est pour ça que j’aime jouer avec lui. Il percute et défend bien. Il communique beaucoup, je ne m’attendais pas à ça. Il transmet son calme à travers sa façon de communiquer. »

Une donnée qu’appuie également Marika Koroibete. « Il communique beaucoup, ça aide la ligne arrière mais aussi l’ouvreur », explique l’ailier. Une façon aussi de comprendre pourquoi Cheika a pu prendre le risque de titulariser le jeune Jordan Petaia à côté d’un tel totem.

Les chiffres n’intéressent pas Kerevi. « Je n’y pense pas. Il ne s’agit pas de me mettre en avant mais de faire de mon mieux pour l’équipe. C’est ma seule préoccupation. »

Sanctionné pour une percussion dangereuse, avant-bras en avant, sur Rhys Patchell, Samu Kerevi a encore quelques scories dans son jeu. Après cette rencontre, certains observateurs se sont interrogés sur la pertinence du style frontal de Kerevi et s’il était adapté au rugby actuel et ses règles plus strictes.

« J'ai fait comme ça toute ma carrière ou presque, donc je vais continuer, a répliqué Kerevi. J’essaie de faire ce qu’il y a de mieux pour l’équipe et gagner la ligne d’avantage. Je ne pense pas que ce soit à moi de changer ma façon de faire. »

Les Anglais sont prévenus. Physique, vocal, technique, Kerevi est en grande forme. Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

RNS ln/ajr/bo/fl