Les Gallois vont devoir colmater les brèches

Le pays de Galles a gagné tous ses matches de poule, ils ont pris neuf essais et et en ont encaissé au moins un à chaque match. De quoi mettre la puce à l’oreille de la sélection de Warren Gatland sur ses lacunes défensives, avant d’affronter la France dimanche en quarts de finale.

TOKYO, le 17 octobre – Au début de la Coupe du Monde de Rugby 2019, le pays de Galles est arrivé avec un objectif clairement défini : trois victoires bonifiées contre les Fidji, la Géorgie et l’Uruguay et, dans l’idéal, une victoire sur l’Australie pour assurer la première place de la Poule D.

Objectif atteint pour les hommes de Warren Gatland. Mais la manière n’a pas pleinement satisfait un homme de l’encadrement : Shaun Edwards, l’entraîneur de la défense. Plutôt perméables dans le secteur, les Dragons et leurs largesses défensives ont concédé neuf essais (dont celui en photo de l’Australien Dane Haylett-Petty). Ils n’ont jamais réussi à garder leur ligne d’essai inviolée pendant l’intégralité d’un match.

Une bonne défense se juge d’abord par sa capacité à intervenir sur une attaque en première main. L’attaque en première main est la confrontation la plus simple entre une attaque et une défense. L’attaque choisit sa disposition d’attaque et la défense se déploie selon la vision qu’elle a de ce choix.

Dans l’exemple ci-dessous, le pays de Galles place Josh Adam et Dan Biggar en défense côté fermé, tandis que Josh Navidi se détache de la mêlée pour venir les aider. Malgré l’attention de ces trois joueurs en défense, Josua Tusiva a suffisamment de puissance pour aller à l’essai.

Une défense parfois aux abois

Edwards aura sans doute aussi été déçu par sa défense sur le deuxième essai fidjien. Sur celui-ci, la disposition de l’attaque fidjienne n’aurait pas dû prêter à confusion chez les Gallois. Les Océaniens forment un alignement clair, avec un joueur très près de la ligne défensive galloise, mais surtout tous les autres beaucoup plus en arrière, qui attendent la passe. La lecture de cette disposition aurait dû permettre aux Gallois de voir que le joueur fidjien le plus près avait peu de chances de jouer le ballon.

Or comme on peut le voir ci-dessous, Hadleigh Parkes part au marquage sur Levani Botia. Il crée ainsi un intervalle qui bénéficie en bout de chaîne à Kini Murimurivalu. Certes, la finition est exceptionnelle, mais elle procède surtout du mauvais choix défensif initial de Parkes au centre, qui aurait dû glisser. Et la prise d'une mauvaise décision une fois dans un schéma défensif peut inciter vos futurs adversaires à renouveler l'expérience.

L'équipe galloise est physiquement robuste, mais on lui reproche parfois de manquer de génie en attaque. De toutes les équipes qualifiées qui ont pu jouer leurs quatre matches (ce qui exclut donc la France, l’Angleterre et la Nouvelle-Zélande), il n’y a que le Japon qui a inscrit moins d’essais que les 17 du pays de Galles. Mais a contrario, le total de 19 points réalisé par ces deux équipes a été le plus élevé de toutes les équipes ayant accédé aux phases finales. De quoi laisser penser qu’en attaque, les Gallois brillent surtout par leur impitoyable efficacité.  

Par exemple, le pays de Galles joue souvent offensivement avec un système de cellule à trois avants très proche du demi de mêlée ou du passeur, qui peut jouer le rôle de leurre en fixant les défenseurs et en les empêchant de glisser parallèlement à leur ligne d’attaque. Dans le clip ci-dessous et avec ce système, l’attaque galloise contourne en deux passes la défense australienne. À partir de là, l’enchaînement de passes est parfait. Tout d’abord, Parkes et Jonathan Davies, fixent leur adversaire direct pour transmettre le ballon à l’actuel meilleur marqueur d’essais de la compétition, l’ailier Josh Adams. La vitesse de l’attaque laisse Ken Owens et Justin Tipuric en retrait, mais leur travail est essentiel. Ils arrivent rapidement sur le ruck pour faire gagner la pénalité. En une seule phase de jeu, le pays de Galles a gagné 40 mètres.

Une attaque plutôt créative

L’équipe de Warren Gatland sait pourtant faire preuve de beaucoup de créativité en attaque. Dans la vidéo ci-dessous, on voit comment Parkes s’éloigne sans ballon du côté gauche du terrain, particulièrement embouteillé, et observe la meilleure manière de se positionner par rapport à la ligne de défense adverse. Il choisit d’aller le long de la touche côté droit, obligeant Marika Koroibete à venir couvrir son déplacement. Ce faisant, il étire la ligne de défense australienne et ouvre des espaces pour ses coéquipiers, qui continuent d'avancer au ras des rucks.

Le jeu se poursuit et quand l’avantage de pénalité est signalé par l’arbitre, l’ouvreur Dan Biggar peut sans risque adresser une passe croisée au pied pour Parkes. Ce dernier s’élève dans les airs pour saisir le ballon et prendre le meilleur sur Marika Koroibete avec l’essai à la clé.

Parkes est un trois-quart polyvalent. Il a évolué vers le poste de demi d‘ouverture quand son club des Scarlets a dû remédier à une une série de blessures. Un atout de taille pour le pays de Galles. Si, par exemple, Biggar est pris dans un regroupement au sol, Parkes peut prendre son relais dans la direction du jeu des lignes arrières.

À l’inverse de ce que beaucoup de gens pensaient avant la Coupe du Monde, c’est davantage leur défense que leur attaque, plutôt performante, que les Gallois doivent s’atteler à peaufiner s’ils ne veulent pas se faire transpercer par une équipe de France toujours redoutable et redoutée dans ses schémas offensifs.

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