L'Angleterre prend rendez-vous

En dominant l’Australie de la tête et des épaules, l’Angleterre a rejoint le dernier carré mais elle a surtout frappé un très grand coup. Avec une telle défense et des avants aussi dominateurs, les Anglais peuvent aller loin, très loin.

OITA, le 19 octobre – 40. Jamais l’Australie n’avait encaissé autant de points en Coupe du Monde. Ce samedi, elle a subi la loi d’une Angleterre impériale (40-16), en quart de finale de la Coupe du Monde. Mais si l’attaque a tourné à plein régime, c’est en défense que l’Angleterre a fait la différence. Un rideau dense, efficace, capable de se reconstituer en un instant. L’avenir s’annonce radieux pour ces Anglais.

« Le talent permet de remporter des matches, mais l’intelligence et le travail d’équipe ramènent des titres. » En matière de titres, Michael Jordan et ses six bagues de champion NBA en connaît un rayon. Et lorsque le basketteur met en avant les notions de défense et de travail d’équipe comme l’alpha et l’oméga du succès, il doit surement être proche de la vérité. Plutôt enclin à s'inspirer des autres sports pour ses préparations de matches, Eddie Jones n’a certainement pas manqué de surligner cette phrase dans son notebook. Et son équipe a visiblement bien appris sa leçon.

Face aux Wallabies, pas une tête, pas une individualité n’est sortie du rang. Durant les 10 premières minutes, les Australiens assiègent les Anglais dans leurs 22 mètres mais ces derniers ne craquent pas. Malgré 89 % de possession, les Wallabies ne marquent que trois points. De quoi démoraliser n’importe quel adversaire, même bien préparé.

Curry envoie la sauce

Symbole de cette Angleterre de l’ombre, travailleuse, Tom Curry. À 21 ans, le troisième ligne anglais a regardé dans les yeux Pocock et Hooper (deux des meilleurs flankers de la dernière décennie) avant de les toiser de haut en devenant le roi des zones de ruck. Impérial en défense, il a réussi 16 plaquages (contre un seul manqué) et récupéré un ballon. Il a logiquement été désigné Joueur du match en ajoutant à sa prestation une passe décisive.

À l’image de son troisième ligne, ce sont tous les avants anglais qui ont malaxé le pack adverse. Pas forcément en récoltant des pénalités mais en dominant les impacts, en se démultipliant. Durant 80 minutes, le centre du terrain est devenu le royaume britannique. Jamais les Wallabies n’ont semblé en mesure de contrecarrer les plans adverses, un rouleau-compresseur qui avait annoncé avant le match vouloir prendre son adversaire dans l’axe.

Défendre pour mieux attaquer

Au total, neuf Anglais ont réalisé au moins 10 plaquages avec, en leader, Sam Underhill et ses 20 interventions. En comparaison, aucun Australien n’a franchi la barre des neuf plaquages… L’Angleterre a stoppé son adversaire à 181 reprises contre « seulement » 78 pour les Australiens, qui ont tenu le ballon mais n’ont franchi qu’une seule fois.

Sans solution, les Australiens ont multiplié les tentatives individuelles et les passes désespérées. Sortis de leur cadre, ils ont manqué de justesse, permettant aux Anglais d’inscrire deux essais sur interception (May et Watson).

Eddie Jones remporte le combat tactique

Si les avants ont imposé leur loi, si la défense a pris le dessus sur l’attaque, c’est également l'Angleterre qui remporte le duel des sélectionneurs. Eddie Jones a dominé son vis-à-vis Michael Cheika. Son choix de densifier l’équipe en titularisant Lawes en deuxième ligne, et surtout Slade au centre, pour remettre Farrell à l’ouverture et Tuilagi face à Kerevi s'est avéré payant.

Où se trouve la faille de cette équipe ? Peut-être dans son indiscipline… Sanctionnés à 8 reprises (contre 5 pour les Australiens), les Anglais ne pourront pas se permettre de commettre plus de fautes face à la Nouvelle-Zélande ou l’Irlande en demi-finale. Mais c’est certainement le seul domaine où le XV de la Rose a encore une marge de progression, car cette équipe a des airs de championne.

La stat du match : 24

En s’imposant de 24 points, l’Angleterre signe la plus large victoire de son histoire lors d’un match à élimination directe en Coupe du Monde. Le précédent record datait de 2003 et la demi-finale face à l’équipe de France remportée 24-7 (+ 17). À l’époque, l’Angleterre était devenue… championne du monde.

Les déclas du match

« On sera contents de jouer quel que soit l'adversaire. Mais j'ai peut-être un petit faible pour la Nouvelle-Zélande, j'aimerais vraiment les rencontrer en demi-finale, ce serait un défi formidable. » 
Eddie Jones, sélectionneur de l’Angleterre

« L'Angleterre a été très forte pour contrôler les reprises. On n'a pas été capables de bien sortir de notre moitié de terrain et le problème, c'est que sur les reprises, on n'arrivait pas à se remettre sur les bons rails. Bravo à eux. C'est une belle victoire. »
Michael Hooper et les Australiens ont encaissé deux essais moins de trois minutes après des remises en jeu.

RNS fl