Clap de fin pour Joe Schmidt avec le XV du Trèfle

Le sélectionneur néo-zélandais Joe Schmidt n'entraînera plus l'équipe d'Irlande. Un départ en forme de crève-cœur, qui laisse le goût amer d'une Coupe du Monde sans doute arrivée un an trop tard pour le XV du Trèfle.

TOKYO, le 20 octobre – La déception est à la hauteur des attentes. Pour une équipe irlandaise qui a tutoyé les sommets durant les six années de mandat de son sélectionneur Joe Schmidt, la défaite de 32 points enregistrée samedi en quart de finale face à la Nouvelle-Zélande sonne comme un gros coup sur la tête. Un échec patent, que les joueurs au maillot vert ne fuient cependant pas à l’heure du bilan : une fois encore, le XV du Trèfle a été incapable d'atteindre les demi-finales.

Avant la compétition, l’Irlande affichait pourtant clairement ses ambitions : franchir pour la première fois le seuil des quarts était même le minimum attendu. Et avec la Nouvelle-Zélande ou l’Afrique du Sud comme adversaires annoncés dès le tirage effectué, cela semblait déjà un sacré pari à tenir. Or voilà que le XV du Trèfle se prend les pieds dans l’improbable filet tendu par le Japon dès son deuxième match de poule. Une défaite qui sonne alors comme le premier signe d’une déchéance annoncée et dont l’Irlande ne s’est jamais remise.

Retour en arrière. Tout commence bien pour le XV irlandais qui s’impose 27-3 avec une précision chirurgicale contre l’Écosse, à Yokohama. Un résultat de bon augure pour une équipe d’Irlande qui avait pourtant montré des signes de fatigue, pendant le Tournoi des Six Nations notamment. Tous les espoirs sont permis : le XV du Trèfle s'affirme en tant que prétendant au titre, dans le sillage d'une excellente année 2018, qui l'avait notamment vu battre les All Blacks à Dublin.

À Shizuoka cependant, le Japon les domine dans tous les compartiments. L’Irlande perd le match 19-12, et surtout perd le contrôle de son destin. Le sort en est jeté, ce seront les redoutables All Blacks en quart de finale, et pas l’Afrique du Sud comme elle l’avait souhaité.

La victoire contre la Russie ne se révèle pas très convaincante, même si Schmidt en bon adepte de la méthode Coué, avoue sa satisfaction sur le jeu proposé par ses joueurs. Contre les Samoa, l’Irlande s’améliore enfin. Suffisamment en tout cas pour se persuader – et beaucoup d’observateurs avec elle – de son potentiel retrouvé.

Une très bonne équipe d’Irlande aurait sans doute vendu chèrement sa peau contre des Néo-zélandais, certes en très grande forme. Malheureusement pour eux, et même s’ils pourront se consoler en se disant qu’ils ont joué dans la limite de leurs moyens actuels, le niveau de leur jeu est trop juste pour poser un quelconque problème aux hommes en noir.

Avant ce match, les joueurs irlandais évoquaient l’importance pour eux, quel que soit le résultat, de pouvoir quitter le terrain la tête haute. Ils n’ont pas eu cette satisfaction, et ils s’en souviendront sans doute longtemps.

« Dire qu’on a le cœur brisé est sans doute la meilleure description de ce que je ressens et ce que les joueurs ressentent », confirme d’ailleurs Schmidt.

Sélectionneur

Pour le sélectionneur irlandais, le coup est également rude. Après avoir connu les honneurs pendant six saisons couronnées par deux succès sur les All Blacks en 2016 et 2018, l’expérience de cette Coupe du Monde tourne au fiasco après la défaite contre son pays de naissance.

Il quitte donc le poste sur un échec et laisse la place à son adjoint, l’entraîneur de la défense, Andy Farrell.   

Comme il l’a reconnu lors de la conférence de presse après l’élimination de l’Irlande, son équipe était sans doute prête une année trop tôt. L’Irlande de 2018 avait plus de verve, plus de précision, une meilleure discipline et un taux de fautes plus faible. Ils auraient pu être des prétendants, mais ils sont arrivés avec une confiance en berne au Japon, ne montrant leurs capacités que face à l’Écosse.

La gestion d’équipe de Schmidt a été caractérisée par une approche prudente de son travail de sélectionneur et par une confiance sans doute exacerbée en ses joueurs. Une approche payante pendant quelques années avant qu’elle ne s’avère improductive au Japon, quand les joueurs en qui il avait mis tous ses espoirs ont surtout brillé par leur méforme.

Joueur du tournoi

Le centre Garry Ringrose a été en forme très tôt dans la compétition et tant mieux pour l’Irlande, avec un Robbie Henshaw diminué par une blessure, et qui n’a pu jouer qu’à partir des phases finales. Ringrose (en photo ci-dessous contre le Japon) a été le seul joueur de l’équipe a démarré les trois premiers matches de poule et à jouer intégralement les 80 minutes de chacun de ces matches. De quoi lui valoir le titre de meilleur joueur irlandais, devant le numéro 8 CJ Stander, même si la compétition interne pour une telle distinction s’est avérée plutôt mince.

Le moment le plus mémorable en-dehors du terrain

Ce n’est pas une première, mais les supporters irlandais auront fait une bien meilleure Coupe du Monde que leurs joueurs. Toujours prompts à trouver des tickets quand ils sont pourtant presque introuvables, ils ont su transformer l’atmosphère des stades japonais en une réplique des enceintes de leur chère île. Le sommet fut bien sûr ce quart de finale funeste, pendant lequel le haka néo-zélandais a été littéralement submergé par les chœurs de The Fields of Athenry.

Le moment le plus mémorable sur le terrain

La charge rageuse du pilier Tadhg Furlong, emportant avec lui quatre défenseurs pour marquer un essai tout en puissance face au Samoa à Fukuoka, restera l’image d’une efficacité irlandaise trop rarement aperçue.

Et maintenant ?

L’entraîneur de la défense Andy Farrell va désormais avoir la lourde tâche de relever un groupe de joueurs sans doute marqués. Sa première mission sera de désigner un nouveau capitaine, après la retraite de l’emblématique Rory Best (photo ci-dessus). Farrell pourrait opter pour Johnny Sexton dans le court terme, mais beaucoup parient sur James Ryan qui, à 23 ans, incarne l’avenir.

Une autre jeune lame, Jordan Larmour, s’est plutôt correctement acquitté de ses responsabilités durant cette Coupe du Monde. Il pourrait devenir le premier choix à l’arrière sur le long terme. Mais Farrell devra sans doute faire entrer plus de sang frais pour redonner de la dynamique à son équipe.

Déclarations de la compétition

 « On est toujours beaucoup plus marqués par ses échecs que par ses victoires, et ils laissent des cicatrices profondes. C’est pour ça que ça me tue. Mais en prenant un peu de recul, on se rend compte qu’on a gagné 75 % des 75 matches qu'on a dû disputer. » - le sélectionneur Joe Schmidt.

« C’est du déjà-vu. On s’est tirés une balle dans le pied et la Nouvelle-Zélande en a profité. C’est déjà assez dur de jouer contre eux avec notre meilleur jeu, alors quand c’est avec un jeu de seconde voire de troisième zone. » - l'ailier Keith Earls.

Ce qu’ils ont fait ?

Victoire Écosse 27-3

Défaite Japon 19-12

Victoire Russie 35-0

Victoire Samoa 47-5

Défaite Nouvelle-Zélande 46-14

L’Irlande en chiffres

7 – Le nombre de fois que l’Irlande a été sorti d’un quart de finale de Coupe du Monde. Ils ont été aussi éliminés en match de play-off pour les quarts de finale (1999) et en phase de poules (2007).

32 – Le nombre de plaquages manqués par l’Irlande contre la Nouvelle-Zélande, et également la différence de points entre les deux équipes. Un chiffre éloquent, stigmatisant une performance très décevante pour une équipe qui, il y a peu, occupait brièvement la première place mondiale en s’appuyant notamment sur une défense intraitable.

13 – Le nombre étonnement élevé de pénalités concédées par l’Irlande contre la Nouvelle-Zélande. Lors de leur victoire face à ces mêmes Néo-zélandais en novembre 2018, les Irlandais n'avaient été pénalisés que cinq fois.

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