Le Japon est allé au bout de ses (belles) idées

Vainqueurs de leurs quatre matches de poule, les Brave Blossoms ont atteint de nouveaux sommets et conquis de nouveaux supporters dans le monde entier sous les ordres de Jamie Joseph.
TOKYO, le 21 octobre – Semaine après semaine, les joueurs japonais n’ont cessé d’atteindre de nouveaux paliers inédits pour le rugby japonais et asiatique. Vainqueurs de leur poule et qualifiés pour le premier quart de finale de Coupe du Monde de leur histoire, ils se sont installés parmi les huit meilleures équipes au classement mondial.

Tout s’est déroulé comme dans un rêve pour une équipe qui a déployé sans relâche un style de jeu flamboyant entièrement tourné vers l’offensive. Cela n'a pas échappé aux amateurs de rugby du monde entier.

Dixième du classement mondial avant la Coupe du Monde, le Japon a grimpé jusqu’à la sixième place après la phase de poules. Autre grande satisfaction, les Japonais se sont qualifiés pour la Coupe du Monde de Rugby 2023, qui se déroulera en France. 

 
Le sélectionneur
 

Si le pays hôte s’est aussi brillamment comporté, il le doit largement à Jamie Joseph, véritable architecte de cette campagne de rêve. À 49 ans, l’ancien international des All Blacks et des Brave Blossoms a passé trois ans à la tête de l'équipe nationale nippone, dont une année en parallèle avec un poste d’entraîneur de la franchise japonaise des Sunwolves, dans le Super Rugby.

Il a choisi avec le plus grand soin un encadrement de premier ordre, capable de faire progresser l’équipe sur tous les aspects fondamentaux du jeu, depuis la condition physique jusqu’à la préparation mentale en passant par les plaquages, la mêlée et la créativité offensive. Dans sa quête de perfection, Joseph a bénéficié d’un avantage substantiel, puisqu’il a pu passer 240 jours cette année avec tous ses joueurs réunis, un véritable luxe dans le rugby contemporain.

Dès le deuxième match de poule, le sélectionneur a pris une décision courageuse en laissant sur le banc son capitaine emblématique Michael Leitch (ci-dessus, à droite) pour lui permettre de « se concentrer sur son rugby » en le déchargeant des responsabilités liées au capitanat. Cette mesure a porté ses fruits dès le match contre l’Irlande, puisque l’entrée en jeu tonitruante de Leitch a contribué directement à l’obtention d’une victoire qui a véritablement lancé la compétition pour le Japon.

Le deuxième ligne James Moore, le flanker Pieter Labuschagne (sauf le temps d’un protocole commotion), les centres Ryoto Nakamura et Timothy Lafaele, et l'ailier Kotaro Matsushima, auteur de cinq essais, ont disputé l’intégralité des cinq matches du Japon dans cette Coupe du Monde. En revanche, cinq joueurs ne sont jamais apparus sur la feuille de match, même s’ils ont joué un rôle crucial dans la réussite des Brave Blossoms en fournissant aux titulaires une analyse méticuleuse de leurs adversaires directs. Au bout du compte, ce manque de profondeur de banc aura peut-être coûté cher face à l’Afrique du Sud, dans un match où le Japon a semblé manquer de jus.

La Fédération japonaise de rugby a entamé des négociations avec Joseph pour la prolongation de son contrat.

Le joueur de la compétition

Explosif et virevoltant tout au long de la Coupe du Monde, l’ailier Kenki Fukuoka, surnommé Ferrari par Joseph, a confirmé qu’il mettait un terme à sa carrière de rugbyman pour devenir médecin. Ses quatre essais en phase de poules resteront longtemps dans la mémoire des amateurs de rugby du monde entier. Il a notamment inscrit l’essai vainqueur contre l’Irlande (son premier dans la compétition) et deux essais cruciaux contre l’Écosse dans un match décisif pour la qualification en quarts de finale.

On s’en souviendra
 

La popularité des Brave Blossoms n’a cessé de croître dans le pays au fil d’une compétition qu’ils ont éblouie de leur spontanéité. On en veut pour preuve la fréquentation toujours plus élevée des conférences quotidiennes organisées à l’hôtel de l’équipe. Les joueurs n’ont pas rechigné un seul instant à poser pour la photo. Au-delà de leur soudaine célébrité ô combien méritée, ils ont surtout semblé ravi de voir le rugby prendre racine au Pays du soleil levant.

Le fait de jeu à retenir

À l’image du « miracle de Brighton » en 2015, la victoire du Japon contre l’Irlande à Shizuoka a marqué les esprits dans le monde entier, mais c’est bel et bien la victoire contre l’Écosse qui lui a permis d’ouvrir un nouveau chapitre de leur histoire. En effet, il y a quatre ans, le XV du Chardon avait battu le Japon pour lui souffler la qualification. Les Japonais sont désormais la première nation d’Asie à avoir participé à un match à élimination directe en Coupe du Monde.

Le contexte spécial dans lequel cette rencontre s’est disputée ajoute à la légende, puisque le typhon Hagibis avait frappé le pays deux jours avant, coûtant la vie à 68 personnes. Tous les Japonais présents dans le stade ont entonné à tue-tête le Victory Road dont les Brave Blossoms ont fait leur hymne personnel, une chanson où on peut entendre les paroles « there will eventually come a day they can smile » (« il viendra un jour où ils pourront sourire »).

Et maintenant ?

Outre Fukuoka, Luke Thompson (38 ans) et James Moore prennent leur retraite internationale. Le talonneur Shota Horie, le demi de mêlée Fumiaki Tanaka Michael Leitch (31 ans), qui viennent tous de disputer leur troisième Coupe du Monde, et le demi d’ouverture Yu Tamura, n’ont pas encore pris de décision quant à leur avenir.

 

Les déclas de la compétition

« Les Irlandais sont une très bonne équipe, mais on prépare ce match depuis beaucoup plus longtemps. Depuis au moins un an, sinon trois. Les Irlandais ont commencé à penser à nous lundi dernier. » - Jamie Joseph, après la victoire contre l’Irlande.

« Le rugby japonais est dans une bonne position désormais. Je vais bien fêter tout ce qu’on a accompli. Il y a eu beaucoup de travail, et ça a été éprouvant. » - Jamie Joseph, après la défaite face à l’Afrique du Sud.

« C’est aux prochaines générations qu’il reviendra de décider d’un plan d'action et de gérer leur préparation. De notre côté, on quitte l’équipe dans un meilleur état que quand je suis arrivé. On leur a transmis le témoin. » - Yu Tamura après le match contre l’Afrique du Sud.

Les résultats

Victoire 30-10 sur la Russie

Victoire 19-12 sur l’Irlande

Victoire 38-19 sur les Samoa

Victoire 28-21 sur l’Écosse

Défaite 3-26 face à l’Afrique du Sud

Le Japon en chiffres

8 - le rang mondial du Japon, mieux classé que l’Écosse, l’Italie et l’Argentine.

54,8 - en millions, le nombre de personnes qui ont regardé Japon-Écosse à la télévision au Japon.

13 - en millions, le nombre de vues du compte Twitter de la Coupe du Monde de Rugby en japonais le jour du match contre l’Écosse, soit plus du double que celui de la version anglaise.

29 - le nombre de points inscrits au total dans le match face à l’Afrique du Sud perdu 26-3, soit le plus faible nombre de points inscrits sur un match dans cette Coupe du Monde 2019.

RNS mn/ns/hc/sc