Galles et France, histoires de remontées

Les hommes de Warren Gatland ont réussi un exploit à la française en s’imposant avec un point d'avance sur le XV de France.

TOKYO, le 21 octobre – Depuis la marche inexorable de l’ogre sud-africain jusqu’au désespoir des supporters français devant la sidérante déconvenue de leur équipe, ces quarts de finale de la Coupe du Monde de Rugby 2019 nous ont offert ce mélange de splendeur et de cruauté qui fait tout le sel des matches couperets.

Certaines nations, comme l’Angleterre et le pays de Galles, sont parvenues à exorciser leurs vieux démons, tandis que d'autres ont vu leurs espoirs impitoyablement réduits à néant. Entre passages de témoin et retour improbables, voici ce qu’il fallait retenir de ces quarts de finale.

L’élève dépasse le maître (de la remontée)

Le pays de Galles a connu tellement d’amères déceptions en Coupe du Monde que seuls ses supporters les plus inconditionnels attendaient sans un frémissement de crainte le quart de finale de dimanche contre la France. Après tout, en 2011, c’est bien la France qui avait éliminé le pays de Galles d’un seul point en demi-finale. Quatre ans plus tard, les Gallois menaient 19-18 devant l’Afrique du Sud avec cinq minutes à jouer à Twickenham lorsque Fourie du Preez décida de briser une nouvelle fois leurs espoirs d’un essai magistral.

Dimanche après-midi, lors d’une première mi-temps désastreuse de la part du XV du Poireau, l’équipe de France menait 12-0 et les supporters gallois pensaient assister à un dénouement catastrophique pour les leurs. Ce rocambolesque retournement de situation pour aller chercher une victoire 20-19 sur les Français constitue la remontée la plus large de l’histoire des Gallois en Coupe du Monde - ils n’avaient jamais réussi à remonter plus de 10 points. Pourtant, les hommes de Warren Gatland n’en étaient pas à leur coup d’essai. En février, ils étaient partis d'un déficit de 16-0 pour battre (déjà) la France 24-19 dans le Tournoi. De là à imaginer que ce scénario puisse se répéter, il y avait un gouffre.

Ces renversements sont en effet remarquablement rares dans les matches à élimination en Coupe du Monde de Rugby. Les deux seules meilleures remontées dans ce type de matches sont à mettre à l’actif... de la France, les deux fois contre la Nouvelle-Zélande, après avoir été menée de 14 points en 1999 et 13 points en 2007. On a coutume de dire que les Bleus ne sont jamais aussi bons que lorsqu’ils sont acculés au mur. Il semble que les Gallois peuvent désormais en dire autant.

Passage de témoin

Ces sept dernières années, le duo de troisièmes lignes australien constitué de Michael Hooper et David Pocock s’était érigé en référence internationale. Les Wallabies s’étaient ainsi largement appuyés sur leur domination dans les rucks pour atteindre la finale de la Coupe du Monde 2015.

Face à ce monument du rugby moderne, les observateurs étaient nombreux à s’interroger sur la capacité des Anglais Tom Curry et Sam Underhill à bien figurer samedi face à l’Australie. Après tout, avec 28 sélections à eux deux contre 180 pour Hooper et Pocock, le contraste n'aurait pu être plus saisissant. Et pourtant, malgré leur relatif manque d’expérience, Curry et Underhill (ci-dessous) n’en ont pas moins surclassé leurs homologues en réussissant la bagatelle de 36 plaquages pour permettre au XV de la Rose de prendre sa revanche sur Twickenham 2015. Cette performance majuscule marque à n’en pas douter un véritable passage de témoin entre les deux paires.

Underhill a fini meilleur plaqueur anglais avec 20 plaquages à lui tout seul, tandis que Curry, nommé Joueur du match, a été remarquable en tout point : supérieur à Pocock dans les zones de ruck, il a notamment réussi un plaquage magistral pour empêcher Marika Koroibete de marquer un essai presque tout fait en seconde période.

L’Irlande et le plafond des quarts de finale

Samedi, il était difficile de ne pas compatir à la détresse de Rory Best après la douloureuse défaite 14-46 de son équipe face à une Nouvelle-Zélande belle et impitoyable. Celui qui brille dans l’ombre depuis 14 ans pour l’Irlande met un terme à sa carrière internationale sur un nouvel échec en quart de finale de Coupe du Monde, comme en 1987, 1991, 1995, 2003, 2011 et 2015.

Les larmes de Best après le match symbolisent parfaitement la frustrante et chronique incapacité du XV du Trèfle à s’offrir le droit de disputer une demi-finale de Coupe du Monde. Cette septième élimination en quart de finale, la troisième consécutive, établit un nouveau record du genre, devant les six défaites en quart de l’Écosse.

À l’aube de ce match, l’Irlande ne manquait pourtant pas de motifs d’espoir, à commencer par cette victoire sur les mêmes All Blacks obtenue à Dublin en novembre dernier. Malheureusement pour les hommes de Joe Schmidt, leur défense d’ordinaire intraitable a offert une journée portes ouvertes à des Kiwis, auteurs de sept essais, qui n’en demandaient pas tant. Jamais l’Irlande n'avait concédé autant de points dans un match de Coupe du Monde. Les efforts de Rory Best n’y auront rien changé, c’est encore en 1991 que l’Irlande a été le plus proche de jouer une demi-finale mondiale, battue de justesse 18-19 par l’Australie.

RNS dc/ns/hc