Watson et le déclic anglais

Au-delà du fait de jeu qui avait valu un carton rouge à Sonny Bill Williams pour un plaquage dangereux sur Anthony Watson, la tournée 2017 des Lions britanniques et irlandais a permis aux Anglais qui y ont participé de dissiper l’aura d’invincibilité qui entoure les All Blacks.

TOKYO, le 23 octobre – Lorsqu’il prend en plein visage une énorme charge à l'épaule de la part d'un Sonny Bill Williams, l’ailier anglais Anthony Watson est loin d’imaginer qu’il vient de participer, à son corps défendant, à un tournant décisif de ce match et de la tournée des Lions britanniques et irlandais, mais peut-être aussi du destin du rugby anglais.

Devenant sur le coup le premier Néo-zélandais à recevoir un carton rouge depuis cinquante ans, à quoi s’ajouteront quatre semaines de suspension, Sonny Bill Williams assiste de loin à la défaite des siens sur le score de 24-21. Quelques jours plus tard, les deux équipes se quittent sur un match nul, qui permet aux Lions de ne pas finir cette tournée 2017 en Nouvelle-Zélande sur un bilan négatif, une première depuis 1971.

Le fait de jeu entre Watson et Williams a beaucoup fait couler d’encre, au grand étonnement des deux hommes, qui se sont retrouvés nez à nez de manière cocasse quelques temps plus tard dans un hôtel aux îles Fidji.

« C'est complètement par hasard qu’on s’est retrouvés là, raconte Watson. Tout le monde en faisait toute une histoire à l’hôtel, mais on s’est assis l’un à côté de l'autre comme si de rien n’était. »

« Pour moi, ça n’avait rien de l’affaire d’État que tout le monde a voulu y voir, comme si c'était un drame absolu et qu’on allait se haïr pour le reste de nos vies. On a discuté de plein de trucs, on a parlé de rugby, de sa famille, de trucs comme ça. C’était une conversation d’ordre général, on n’a pas parlé du plaquage. »  

Pour Watson, la page était tournée dès le lendemain du match : « Il a simplement fait ce qu’il lui semblait devoir faire sur le moment, mais il s’est excusé le lendemain. C’est un gars très sympa, qui a les pieds sur terre, et je ne lui en veux absolument pas. Ça reste du rugby, rien de plus. »

Mais le plus important ne réside pas dans cette anecdote. Samedi, l’Angleterre affrontera les All Blacks à l’International Stadium Yokohama en demi-finales de la Coupe du Monde de Rugby 2019. Grâce à cette tournée réussie des Lions, la perspective d'affronter les doubles champions du monde en titre ne risque pas d’intimider les joueurs anglais, Watson en tête.

« Toute cette mystique qui entoure les All Blacks ne m'a jamais vraiment impressionné. C’est une équipe qui évolue depuis longtemps au plus haut niveau, et je respecte ça, mais toute cette aura qui les entoure, cette idée selon laquelle ils seraient invincibles, tout ça ne m'a jamais convaincu, assure Watson. Ce sont des joueurs de rugby, et nous aussi. On travaille très dur, et eux aussi. Il est tout à fait possible de les battre. Il est hors de question qu’on se laisse influencer par l’enjeu. »

L’importance de cette tournée des Lions dépasse d’ailleurs le cadre de la préparation mentale du XV de la Rose, puisque le sélectionneur Eddie Jones a interrogé les joueurs présents en 2017 pour prendre des notes dans la perspective de la demi-finale.

« Il s'agissait principalement de détails techniques. Je ne me suis pas concentré sur leur plan de jeu ou quoi que ce soit de ce genre. C’était à propos de choses spécifiques, parmi lesquelles la bataille aérienne. »

Ce carton rouge de Sonny Bill Williams aura-t-il permis aux Anglais de trouver les clés mentales et techniques pour battre les All Blacks ? Réponse samedi en fin d’après-midi.

RNS cj/js/mr/hc/sc