Les Boks et de Jager, rois des airs

Auteure d'un 100 % en touche depuis le début de cette Coupe du Monde, l'Afrique du Sud peut compter sur la science de l'alignement de Lood de Jager.

TOKYO, le 23 octobre – Avec la perte d’influence des mêlées fermées, la touche est devenue le principal secteur pour lancer le jeu. Une évolution qu’a suivie l’Afrique du Sud, devenue en quelques années la meilleure nation mondiale dans ce secteur tout en restant une référence en mêlée.

Depuis le début de la compétition, les Springboks ont tout simplement réalisé un sans-faute avec 57 lancers captés en cinq matches !

Si le rôle des talonneurs est évidemment essentiel, Lood de Jager a prouvé qu’il était un capitaine de touche des plus fiables. Le deuxième ligne a récupéré 22 lancers à lui seul, dont 10 en un match, face à la Namibie !

Le secret d’une bonne touche : « rester simple »

« J’aime la touche, nous confiait le joueur des Bulls récemment. C’est un secteur qui me fascine. Je ne vois pas ça comme une corvée ni comme une tâche particulière supplémentaire mais vraiment comme un secteur que j’aime travailler et étudier. »

Pour le deuxième ligne, l’alignement est une phase de conquête simple mais que les joueurs et entraîneurs ont tendance à compliquer. « Certaines équipes compliquent beaucoup ce secteur alors que nous, on reste le plus simple possible. On n’a pas de triple rotation ou un gars qui court dans tous les sens. C’est le meilleur moyen de se planter. On a beaucoup d'options mais ça reste très simple. »

Le Sud-africain ne se projetait sûrement pas vers une telle carrière il y a tout juste sept ans de cela. Alors âgé de 19 ans, le colosse de 2,05m et 122kg débute avec une équipe universitaire, à Potchefstroom, ainsi qu’avec les Leopards, une formation engagée en Currie Cup et servant de réservoir aux Lions de Johannesbourg.

De Jager ne va pas rejoindre la franchise affiliée et va poursuivre sa progression aux Free State Cheetahs, une autre équipe qui joue la Currie Cup, puis aux Cheetahs. C’est là que le deuxième ligne surpuissant va se faire repérer par le staff des Boks.

« Quand j’étais étudiant, je pense que j’étais en retard sur les autres, glisse le numéro 5 des Boks. J’étais bon mais je n’étais pas convié à la Craven Week (compétition réservée aux moins de 18 ans) ou aux autres compétitions de jeunes ni même en scolaire ou quoi que ce soit du genre. Puis Naka Drotske (son ancien entraîneur) m’a donné ma chance aux Cheetahs et j’en suis là aujourd’hui. »

Une progression loin d’être étonnante

En moins d’un an, de Jager passe du statut de jeune joueur qui signe son premier contrat à celui d'international ! Il honore sa première cap face au pays de Galles en juin 2014. Contre ces mêmes Gallois, il pourrait célébrer dimanche sa 44ème sélection.

Cette ascension ne surprend pas ses premiers entraîneurs, unanimes pour parler d’un jeune homme « très intelligent, déterminé et qui sort du lot (Jacques du Plessis, entraîneur des Springs au début de la carrière de de Jager). Il avait reçu de nombreuses offres d’écoles prestigieuses mais il est resté avec nous. Ça montre à quel homme on a affaire. »

Car outre son talent sur les pelouses, Lodewyk, de son prénom initial, est aussi un brillant étudiant. « Il excellait », confirme du Plessis.

Devenu le capitaine de touche de ses différentes équipes, il décrypte sa mission au quotidien. « Lundi et mardi, tu te penches sur la touche. Tu vois ce que tu veux proposer face à l'adversaire et en contre. C’est beaucoup d’analyses, de recherches. J’aime bien ça. »

Une place de plus en plus importante avec les Boks

Lors de cette Coupe du Monde, de Jager a sorti son épingle du jeu. S’il a manqué le match d’ouverture contre les Blacks, il a été désigné Joueur du match contre la Namibie avec 15 ballons portés, 42 mètres parcourus avec le ballon, cinq défenseurs battus et cinq plaquages pour accompagner ses 10 prises de balle en touche.

Après cette rencontre, le deuxième ligne était revenu sur le secteur de la touche et sur un éventuel secret de fabrication. « C’est beaucoup de travail. Mais on n’est pas encore à notre maximum. Il y a encore des progrès à faire. On espère bien être au top pour la fin de la compétition. »

Face au Japon en quarts de finale, il a de nouveau été le meilleur preneur de balles en touche (5) tout en réalisant le plus grand nombre de plaquages (15). Une équipe qu’il avait bien étudiée en amont, comme il l’avait confié avant le coup d’envoi. « Les joueurs japonais ont toujours tendance à vouloir accélérer le rythme du jeu dans tous ses aspects. Pour nous, il s’agira d’être prêts à ça. On doit s’attendre à des touches rapidement jouées. »

C’est désormais un alignement autrement plus solide et expérimenté qui va se présenter face à lui : la touche galloise d’un certain Alun Wyn Jones. Auteur d’un 11/11 face aux Français en quarts de finale, le XV du Poireau tourne à 93 % de réussite dans ce secteur depuis le début de la compétition (54/58). Mais Lood de Jager a déjà certainement épluché les matches adverses pour déchiffrer les combinaisons possibles.

RNS am/icr/fl/sc