Underhill le plaqueur au révélateur des All Blacks

On a beaucoup parlé du choix des demis face à la Nouvelle-Zélande, mais les qualités de plaqueur de Sam Underhill pourraient bien jouer un rôle décisif dans la demi-finale à venir.

TOKYO, le 24 octobre – Lors du quart de finale entre l’Angleterre et l’Australie, il s’est produit en début de première mi-temps une action de jeu qui a semblé donner le ton pour le reste de la rencontre.

À la réception d’une remise en jeu, le numéro 8 australien Isi Naisarani, 1,97 m et 110 kg, s’est lancé dans une charge vers Sam Underhill, qui est venu le percuter dans l’abdomen (ci-dessous). Le Wallaby s’est retrouvé projeté dans les airs avant de retomber lourdement au sol.

Ces situations se sont dès lors multipliées. Pendant 80 minutes, l’Angleterre a dompté les velléités offensives australiennes à grands coups de plaquages. L’éblouissante démonstration défensive du XV de la Rose a eu raison des attaquants australiens les plus véloces.

Ce jour-là, l’Angleterre a réussi 193 plaquages. Le meilleur plaqueur de la rencontre est un jeune troisième ligne aile de 23 ans, Sam Underhill. Sa performance est d'autant plus remarquable que du haut de ses 13 sélections, dont 9 en tant que titulaire, le troisième ligne était très loin d’être le joueur le plus expérimenté sur le terrain.

Pourtant, ceux qui connaissent Underhill depuis ses débuts professionnels n’auront pas été surpris par ce tour de force.

« Quand il était tout jeune, Underhill était déjà taillé pour ce rôle, estime l'ancien international gallois Martyn Williams. Personne ne l’impressionnait jamais. Je me souviens de l’avoir vu jouer quand il était chez les Ospreys. Physiquement, c'était déjà un phénomène, alors qu’il devait avoir à peine 19 ans. »

Underhill s’est vite taillé une réputation de défenseur parmi les plus gaillards du circuit. Pour ses débuts internationaux en juin 2017 contre l’Argentine, il a réussi la bagatelle de 20 plaquages devant le public hostile de Santa Fe, sans jamais hésiter à payer de sa personne.

La même année, il a subi deux commotions cérébrales : la première lors de ses débuts en Premiership avec Bath, et la deuxième à Twickenham au bout de 16 minutes de jeu lors de la victoire 30-6 de l’Angleterre sur l’Australie, alors en tournée d'automne. Pour expliquer ces chocs, Underhill a souligné qu’il plaquait plus bas que d'autres. À 1,86 m, il est en effet relativement petit pour un flanker.

Cela ne l’empêche pas de réaliser une Coupe du Monde 2019 phénoménale. Au poste de numéro 7, Underhill s’est mué en véritable colosse au service de la cause défensive anglaise. Tom Curry et lui-même bénéficient de la confiance inébranlable d’Eddie Jones, qui n'hésite pas à les aligner face aux paires adverses les plus expérimentées du rugby mondial.

Jusqu’ici, Underhill a réussi 46 plaquages dans la compétition, ce qui constitue le troisième total le plus élevé, à égalité avec Ken Owens et Tom Curry et derrière les Gallois Alun Wyn Jones (62 plaquages) et Justin Tipuric (47).

Petit détail : Underhill n'a joué que 202 minutes dans la compétition, puisqu’il n'a pas affronté les États-Unis et que le match contre la France a été annulé. Cela signifie qu’Underhill réussit un plaquage toutes les quatre minutes, soit un taux bien supérieur à ceux de Jones, Tipuric, Owens et Curry.

La stratégie défensive de l’Angleterre tourne beaucoup sur la capacité de l’équipe à envoyer les chargeurs adverses vers leurs plaqueurs les plus féroces. Si l’Angleterre souhaite renverser les doubles champions du monde en titre samedi soir, il lui faudra compter sur une nouvelle performance défensive majuscule d’Underhill.

Ça tombe bien : il reste au flanker un goût d’inachevé face aux All Blacks, puisqu’il est passé tout près de les battre avec l’Angleterre en novembre dernier, alors que c'était la première fois qu’il les affrontait.

En fin de match, il avait inscrit un essai finalement annulé par l’arbitre, ce qui avait permis à la Nouvelle-Zélande de conserver jusqu’au bout son avantage au score de 16-15. C’est une motivation supplémentaire pour Underhill, qui aura à cœur de relever victorieusement le plus grand défi du rugby moderne.

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