Ardie Savea, l'homme à tout bien faire des Blacks

Nos analystes décortiquent le style de plusieurs joueurs qu'il faudra surveiller de près ce week-end, pour les demi-finales. Focus sur le troisième ligne de la Nouvelle-Zélande, Ardie Savea.

TOKYO, le 24 octobre – Lorsque le staff néo-zélandais a décidé de titulariser Scott Barrett en troisième ligne face à l’Angleterre, le nom du sortant n’a surpris personne. C’est Sam Cane qui regardera le coup d’envoi depuis le banc de touche. Impossible en effet pour les All Blacks de se passer de Ardie Savea, devenu au fil des mois un cadre indéboulonnable des doubles champions du monde en titre.

Savea est le prototype du troisième ligne moderne. Plaqueur redoutable, gratteur hors pair sur les zones de ruck, il est également un porteur de balle de premier plan. Ses passes, notamment ses offloads, en font un joueur complet, capable d’évoluer à tous les postes de la troisième ligne. À tel point qu’avant la Coupe du Monde, des voix s’élevaient au pays du Long nuage blanc pour en faire le n° 8 titulaire, en lieu et place du capitaine Kieran Read.

Avec son style de jeu en rupture et son physique avantageux, Savea ne passe pas inaperçu. Encore moins quand il met ses lunettes. Durant cette compétition, il est devenu le premier joueur à évoluer avec une paire de protection pour les yeux.

Un coureur infatigable

À l’image des grands joueurs, Savea brille dans les grands rendez-vous. Ses deux meilleurs matches dans cette Coupe du Monde ont été ceux face à l’Afrique du Sud et à l’Irlande. Devant les Boks, c’est lui qui est au relais de Reece sur le premier essai au grand large pour faire la différence. 

Au début de l’action (cf. ci-dessous), Savea est au milieu du terrain, à 70 mètres de la ligne adverse. Servi au pied par Mo’unga, Reece accélère. Savea suit à distance pour apporter son soutien. Servi par Aaron Smith, il parcourt 27 mètres ballon en main pour entrer dans les 22 mètres adverses. Rapidement éjecté, le ballon permet à Bridge de profiter d’une défense pas encore en place et d’une belle passe offload pour marquer.

Savea possède une qualité rare : il peut multiplier les courses à haute intensité tout en étant perforant. Depuis le début de la compétition, il effectue une course toutes les sept minutes avec un gain moyen de 4,5 mètres par course !

Ses chiffres contre l’Irlande parlent également pour lui : 42 mètres gagnés, un franchissement, quatre défenseurs battus, douze plaquages (troisième total de son équipe derrière les 16 de Whitelock et les 14 de Read) et un ballon récupéré.

Ci-dessous, deux des huit courses effectuées contre l’Irlande. Sur la première, il part derrière sa mêlée sur la ligne médiane pour un gain conséquent. Deux minutes plus tard, cette action permettra à Aaron Smith d’inscrire le premier essai du match.

Sur sa deuxième course, Savea avance dans les 22 mètres et permet, deux temps de jeu plus tard, à Codie Taylor de marquer le quatrième essai de son équipe.

Nouvel exemple ci-dessous de l’importance de Savea. D’une phase défensive, il transforme l’action en une opportunité d’attaque avec un grattage rapide et efficace. Il avance sur neuf mètres, breake la défense avant de servir Dan Coles, qui assure la continuité pour un essai imparable de George Bridge.

Longtemps cantonné au rôle de remplaçant de luxe, Savea a pâti de son nom de famille. Souvent comparé à son frère Julian, meilleur marqueur d’essais de la Coupe du Monde 2015, il a mis du temps à trouver sa place. Désormais adoubé par les plus grands, il s’inscrit dans la lignée des troisièmes lignes de légende des Blacks. Nul doute que le match dans le match qu’il devra livrer face aux révélations anglaises Sam Underhill et Tom Curry sera la clé de cette demi-finale.

RNS sdg/ajr/fl