Read aux portes de l’histoire

Le numéro 8 des All Blacks a traversé sur un nuage cette Coupe du Monde de Rugby 2019, au bout de laquelle il devrait mettre un terme à une carrière internationale incroyablement riche.

TOKYO, le 24 octobre - Le capitaine néo-zélandais Kieran Read en était presque gêné. Cette semaine, son sélectionneur et celui de l’Angleterre ont tous deux mis un point d'honneur à faire son éloge en rappelant à tous, si besoin en était, l’immense carrière qu’il entend couronner d’un troisième titre mondial.

Samedi dernier, après l’éclatante performance de son numéro 8 en quarts de finale face à l’Irlande, le sélectionneur des All Blacks, Steve Hansen, a commencé sa conférence de presse d'après-match en rendant un hommage appuyé au « grand gaillard à côté de moi », dont le leadership et les performances, dit-il, atteignent de nouveaux sommets.

Plus tôt dans la semaine, le sélectionneur de l’Angleterre, Eddie Jones, n’avait pas hésité à utiliser le puissant numéro 8 dans la préparation mentale d'avant-match de ses joueurs. L’idée était de suggérer que la pression serait sur les All Blacks, parce que cette demie pourrait être le dernier match de « leur plus grand capitaine ».

Nul doute que Read s’en serait offusqué s’il avait été présent. Ce discret champion, qui fêtera ses 34 ans le jour de la demi-finale, aurait tenu à souligner que ce qualificatif revenait de droit au capitaine double champion du monde, Richie McCaw. Read n'a d’ailleurs pas la tête aux distinctions individuelles : après avoir remercié Hansen pour ses compliments, il n'a pas manqué de remarquer qu'il aurait été préférable de les réserver à l'après-Coupe du Monde.

Il ne faut pas s’y tromper. Kieran Read reste une immense figure du rugby néo-zélandais à l’approche de cette demi-finale. Signe, s’il en était besoin, qu'il est de retour à son meilleur niveau après l’opération à la colonne vertébrale qu’il a subie en 2017.  

Pour ses coéquipiers les plus jeunes, c’est une véritable idole. Cet homme en quête d’un troisième titre mondial d'affilée avant de raccrocher ses crampons, ils le voient comme un modèle à suivre.

Kieran Read réussit une superbe campagne au Japon, où il évoluera après la Coupe du Monde sous les couleurs du Toyota Verblitz. Comme l'a noté Hansen lui-même, le troisième ligne a apporté une réponse cinglante à ceux qui doutaient de sa capacité à revenir à son meilleur niveau après avoir été opéré d’un prolapsus de disque lombaire.

« Ça prend du temps, c’est tout. Quand on a des nerfs coincés, qui ne fonctionnent pas correctement, le corps s'éteint, grosso modo, explique Read. J'ai travaillé dur pour revenir à mon meilleur niveau, même si ça m'a pris un peu plus longtemps que ce que j’espérais. Mais j'avais cette Coupe du Monde en ligne de mire. Je savais où je voulais en arriver, et j’y suis. »

C’est tout un pays qui a poussé un grand soupir de soulagement lorsque, après avoir ressenti une gêne au mollet cette semaine, Read a finalement été nommé capitaine pour la 51ème fois de sa carrière. Cela le mettra à égalité avec le nombre de brassards accumulés entre 1992 et 1997 par Sean Fitzpatrick, champion du monde en 1987 avec les All Blacks. 

Fitzpatrick, qui était présent lors de la conférence de presse de Read, a assisté aux entraînements des All Blacks cette semaine aux côtés des anciens internationaux Conrad Smith et John Kirwan.

« Ce sont des légendes du rugby, des joueurs qu’on admirait tous quand on était plus jeunes, explique Read. C’est génial pour les gars de voir que ce sont des êtres humains, comme nous, et qu’ils ont vécu des choses comparables. » 

Ça tombe bien, c’est justement ce que ressentent les coéquipiers de Read à son sujet : « Kieran est un leader par le jeu, estime Beauden Barrett. Son influence dans l’équipe et ses prises de décision nous mettent en confiance quand il est à notre tête. Il n’y a qu’une manière de mener les hommes : c’est par l’exemple. Il le fait très bien, comme quand il sort de la ligne pour aller mettre d'énormes plaquages. C’est une source d’inspiration. »

Kieran Read - une carrière en chiffres

Sélections : 125 (106 victoires, 4 nuls, 14 défaites) - seuls Richie McCaw (148) et Keven Mealamu (132) ont joué plus de matches pour la Nouvelle-Zélande.

Sélections en tant que capitaine : 50 (42 victoires, 2 nuls, 6 défaites) - seuls Richie McCaw (110) et Sean Fitzpatrick (51) ont joué plus de matches pour la Nouvelle-Zélande en tant que capitaines.

Essais : 26 - un seul avant néo-zélandais, McCaw, a inscrit plus d’essais (27) avec les All Blacks, mais Read présente une meilleure moyenne d’essais par match.

Palmarès : Coupe du Monde (2011, 2015), Tri-Nations/Rugby Championship (2010, 2012, 2013, 2014, 2016, 2017, 2018).

Distinctions individuelles : Meilleur joueur de l'année 2013, Meilleur joueur néo-zélandais (2010, 2013).

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