Nouvelle-Zélande - Angleterre : la bataille aérienne

Les analystes du Rugby News Service ont posé leur regard sur la demi-finale de samedi, en se consacrant à un domaine en particulier : le jeu au pied.

TOKYO, le 25 octobre – Les rucks seront incontestablement un secteur de jeu clé dans la première demi-finale de la Coupe du Monde de Rugby 2019, ce samedi à Yokohama, entre la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre. Depuis le début de la compétition, les All Blacks ont gagné 30 turnovers quand l’Angleterre en a remporté 33.

Mais les deux équipes n’auront pas uniquement le regard rivé au sol. Elles auront aussi la tête en l’air, avec un jeu tactique au pied qui pourrait leur permettre de se mettre dans l'avancée sans passer systématiquement par la case ruck.  

La Nouvelle-Zélande a notamment fait appel au jeu au pied dans ses matches contre l’Afrique du Sud et l’Irlande. Le bagage technique des All Blacks dans ce domaine est suffisamment varié et efficace pour obliger la défense anglaise à rester vigilante. De son côté, le XV de la Rose a montré moins d’intention dans le jeu aérien que lors des deux derniers Tournois des Six Nations, où il l’avait utilisé de façon récurrente.

L’une des tactiques les plus employées par les All Blacks est la passe croisée au pied. Mais contrairement aux autres équipes, ils l’utilisent parfois aussi dans leur propre camp.

Lors du match face à l’Afrique du Sud pendant le week-end d’ouverture, les Néo-zélandais ont procédé à deux reprises de la sorte avec des passes au pied de Richie Mo'unga pour l’ailier Sevu Reece. Deux actions conclues par autant d'essais, faisant passer le score de 0-3 à 17-3 en quatre minutes de jeu seulement.

Une passe au pied similaire, mais plus proche de la ligne d’essai, a été effectuée le week-end dernier sur l'essai de Matt Todd contre l’Irlande. Là encore, Mo'unga alerte Reece, même s’il faudra cette fois une phase de jeu supplémentaire pour envoyer Todd aplatir.

Dans cette demi-finale, il faut en tout cas s’attendre à voir les deux équipes mettre sous pression le fond du terrain adverse par du jeu au pied dans ses 22 mètres dès le début du match. Là aussi, le demi d’ouverture néo-zélandais a procédé de la sorte dans les premières minutes des rencontres face à l’Afrique du Sud et l’Irlande.

Mo'unga et Aaron Smith ont ainsi utilisé ce jeu au pied de pression tout au long de la compétition, mais l’ailier sud-africain Cheslin Kolbe a montré qu’il pouvait y avoir du répondant en contre-attaque face à ce type de stratégie...

Le ballon tapé au pied par Smith est récupéré par Kolbe à environ 65 mètres de la ligne d’essai néo-zélandaise. L’ailier sud-africain remonte alors ballon en main à pleine vitesse, ne se faisant stopper que tout près de l’en-but. Si l’Afrique du Sud avait marqué à ce moment-là, elle aurait été de retour dans le match avec plus d’une demi-heure à jouer. Jonny May et Anthony Watson seront-ils en mesure de produire le même genre de contre-attaques pour l’Angleterre ?

Revenons à la finale de la Coupe du Monde 2015, qui permet de retrouver une autre facette du jeu au pied dans laquelle la Nouvelle-Zélande excelle. À l'attaque, l’Australie perd le ballon sur les 22 mètres néo-zélandais. Le contre est lancé par l’arrière All Black Ben Smith, qui tape au pied à suivre pour Beauden Barrett, lancé plein champ. Sa pointe de vitesse fait le reste et il va aplatir entre les poteaux.

Il y a une semaine, ce même Barrett a marqué un essai quasiment identique. Cette fois, par contre, il n’y avait pas, comme sur l’action de Ben Smith, la volonté première de courir en portant le ballon. L’Irlande perd là aussi le ballon au plaquage dans le camp néo-zélandais, Mo'unga et Barrett montrent alors leurs talents de footballeurs en remontant le ballon par petits coups de pied avant que Barrett n’aplatisse.

La Nouvelle-Zélande a déjà joué dans cette Coupe du Monde deux des cinq meilleures équipes mondiales pour parvenir en demi-finales. L’Angleterre n’a pas encore joué une seule équipe de ce niveau.

Mais George Ford, Owen Farrell et Elliot Daly peuvent eux aussi jouer intelligemment au pied, tout comme Ben Youngs. Même le pilier Kyle Sinckler, auteur d’un essai le week-end dernier, s’est révélé expert dans la manière de récupérer un ballon aux rebonds capricieux. Dans ce domaine, l’Angleterre doit encore prouver ce que son potentiel laisse envisager.

RNS sdg/rm/bo/lc/sc