Hansen s'en va en grand patron

Le sélectionneur néo-zélandais Steve Hansen ploie sous les éloges depuis l’imminence de son départ. Pas de quoi lui faire oublier son devoir et cette 93ème et dernière victoire à aller chercher vendredi contre le pays de Galles.

TOKYO, le 29 octobre – Alors qu’adversaires et collègues ne tarissent plus d’éloges sur un sélectionneur néo-zélandais désormais entré dans sa dernière semaine de son mandat, Steve Hansen reste déterminé à terminer son parcours sur une 93ème et dernière victoire. Un succès lors de la finale de bronze de vendredi qui n’aurait certes pas la couleur de l’or, mais qui récompenserait néanmoins tout le travail effectué avant et pendant cette Coupe du Monde de Rugby 2019.

Bien sûr, le technicien de 60 ans a échoué dans sa quête d’un deuxième succès consécutif dans la compétition, après la défaite de samedi dernier face à l’Angleterre. Mais la satisfaction du travail bien fait l’incite à vouloir partir sur une bonne note, alors que se profile le match contre le pays de Galles au Tokyo Stadium.

S’il y parvient, nul doute que le débat aura lieu pour savoir si l’ancien policier de Mosgiel, près de Dunedin, dans la partie méridionale de l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande, a été le plus grand sélectionneur de l’histoire des All Blacks. Si on devait faire appel aux statistiques pour y répondre dès à présent, nul doute non plus que la réponse serait positive.

Des statistiques haut de gamme

Si la Nouvelle-Zélande s’impose dans ce qui sera son 107ème match avec Hansen à sa tête, cela aboutirait à sa 93ème victoire en sept ans, auxquelles il faut ajouter quatre matches nuls et dix défaites à peine. Soit un ratio de 88,7 % de victoires, le plus élevé de l’histoire pour tous les sélectionneurs comptant plus de 15 test matches à leur actif.

En trois saisons entre 1966 et 1968, le sélectionneur Fred Allen a remporté 14 test matches avec les All Blacks, incluant le cinglant 4 victoires à 0 face aux Lions britanniques et irlandais. Mais la réussite d’Hansen est sans doute beaucoup plus parlante dans le rugby moderne et professionnel, hautement concurrentiel.

Ses statistiques lui permettent également de devancer ses prédécesseurs vainqueurs de la Coupe du Monde, Brian Lochore (dont le ratio est de 77,8 %) et la référence Graham Henry (85,43 %), dont Hansen fut l’assistant lors du sacre de 2011.

De fait, si l’on tient compte des 15 années de travail d’Hansen dans l’encadrement All Blacks depuis qu’il a rejoint l'encadrement d’Henry en 2004, les chiffres le concernant s’élèvent à 180 victoires, 25 défaites, 4 nuls, plus deux Coupes du Monde, 11 tri Nations / Rugby Championships et 16 Bledisloe Cups.

Allen, Lochore et Henry sont devenus chevaliers de l’ordre du mérite de la Nouvelle-Zélande. Et il n’y a aucune raison que Hansen ne reçoive pas la même distinction pour les remarquables services qu’il a rendus au rugby de son pays. Il s’est déjà vu décerner à quatre reprises - un record - le titre de meilleur entraîneur de l’année par World Rugby.

Son vieux rival Eddie Jones, le sélectionneur de l’Angleterre, l’a peut-être défait samedi dernier à Yokohama, mais il a été prompt à désigner Hansen comme le meilleur sélectionneur All Black de l’histoire.

« C'est un grand monsieur du rugby », pointe le technicien australien, tout en semblant confirmer le secret plus ou moins bien gardé selon lequel Hansen s’apprêterait à prendre les commandes de l’équipe des Toyota Verblitz au Japon.

Gagner la finale de bronze : le cadeau de départ

En attendant, si ses adjoints respectent sa volonté de ne pas s’exprimer sur le fait que ce match contre le pays de Galles sera son dernier à la tête des All Blacks, tout le groupe semble soudé pour lui offrir une belle victoire en cadeau de départ.

Sam Cane, qui fait partie des nombreux joueurs de l’équipe lancés par Hansen sous la tunique noire, explique d’ailleurs qu’« il dépasse le rôle d'entraîneur ». 

« C'est un entraîneur pas comme les autres, qui sent parfaitement son groupe, affirme-t-il. Il entraîne à l'instinct. Il n'a pas toujours raison mais en général, il n'est jamais trop loin de la vérité. »

Hansen sait d'ailleurs aussi reconnaître le mérite des autres. Avec cette même immédiateté d’analyse qui le caractérise. À propos de l’Angleterre, il déclare ainsi qu’« ils ne jouent pas un rugby sophistiqué ».

« Leur jeu consiste à récupérer le ballon, à le passer à un costaud qui vous rentre dans le lard, à s'imposer dans les points de rencontre et à prendre la ligne d'avantage, résume-t-il. C'est du rugby sous sa forme la plus élémentaire mais il y a de la beauté là-dedans aussi. Ils exploitent au mieux la puissance de leurs joueurs. »

La beauté dans le rugby, Hansen sait aussi lui accorder toute sa place, avec notamment des systèmes d’attaque particulièrement élaborés, parfois proches d’un « rugby total ». Sous son commandement, les All Blacks ont inscrit 199 essais, soit bien plus que toutes les autres nations au cours de ces huit dernières années.

Il a peut-être raté la toute dernière marche de sa fabuleuse ascension à la tête des All Blacks, mais Hansen restera comme l’artisan principal de certains essais aux allures de chefs-d’œuvre. On pense notamment au plongeon spectaculaire dans l’en-but de TJ Perenara après la passe dans le dos de Brad Weber contre la Namibie, ou encore de l’essai plein d’opportunisme de George Bridge contre l’Afrique du Sud. Une part non négligeable de la contribution d’Hansen à la flamboyance du sport et du rugby à l'échelle mondiale.

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