Angleterre 2003 - Angleterre 2019 : le duel

À l'orée d'un potentiel deuxième titre mondial, l'Angleterre version 2019 est-elle en mesure de contester le titre de meilleur XV de la Rose de l'histoire à sa devancière de 2003 ? Éléments de réponse avant la finale de samedi.

TOKYO, le 30 octobre – Une anomalie de l’histoire ? Après huit éditions, la Coupe Webb Ellis – du nom du Britannique William Webb Ellis – n’a été soulevée qu’une seule fois par l’Angleterre, considérée comme la mère partie du rugby. Cette neuvième Coupe du Monde sacrera-t-elle une deuxième fois le XV de la Rose après le titre de 2003 ?

La victoire en demi-finales face à la Nouvelle-Zélande samedi dernier a donné aux suiveurs de cette équipe l’assurance qu’elle serait l’égale de sa devancière de 2003. Parmi eux, Matt Dawson. Membre du squad il y a seize ans, l'ancien demi de mêlée n’imagine pas un autre résultat que la victoire. « Il ne fait aucun doute que l’Angleterre sera favorite, a-t-il affirmé en ce début de semaine. Il est inconcevable d’imaginer les Springboks arrivent ne serait-ce qu’à les inquiéter. »

Si le titre semble visiblement dans la poche selon certains, d'autres ajouteront quelques bémols en soulignant que l'Afrique du Sud est l'équipe qui a encaissé le moins d'essais dans la compétition. Se pose en tout cas une question : la place dans l'histoire de cette génération. Cette formation d’Eddie Jones est-elle du même niveau, inférieure ou supérieure à celle menée par Clive Woodward il y a seize ans ?

Statut : avantage 2003

Premier point de comparaison, la hiérarchie mondiale. Avant le début de la compétition, cette Angleterre 2019, troisième au classement World Rugby, était un outsider parmi d’autres (Afrique du Sud, Irlande, pays de Galles notamment). Son nouveau classement, première équipe mondiale, est en grande partie dû à son parcours actuel.

En 2003, la formation menée par Martin Johnson était une machine qui dominait le circuit et trônait au sommet avec des victoires face à toutes les autres nations.

Entre janvier 2011 et la victoire en finale face à l’Australie à Sydney en 2003, l’Angleterre a ainsi remporté 34 matches sur 37. Seules l’équipe de France, à deux reprises, et l’Irlande lui ont fait mordre la poussière. Six mois avant la Coupe du Monde, les Anglais avaient également décroché le Tournoi des Six Nations avec le Grand Chelem à la clé tout en dominant, à côté de ça, l’Afrique du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande à neuf reprises.

Le bilan d’Eddie Jones, s’il n’a rien d’infamant, n’est pas aussi clinquant avec 26 victoires en 36 matches depuis 2017. Ces deux dernières années ont également été infructueuses avec une cinquième et une deuxième place lors du Tournoi des Six Nations. Avant le succès face aux All Blacks (19-7), les Anglais n'avaient plus battu les doubles champions du monde en titre depuis 2012.

Expérience : avantage 2019

Avec le recul des années, l’équipe de 2003 donne l’impression d’être très expérimentée. Mais cette vision est faussée par deux éléments. Tout d’abord le temps qui passe, qui a vu ces joueurs poursuivre leur carrière (avec notamment une autre finale mondiale en 2007) et qui laisse le souvenir de joueurs plutôt âgés. Deuxième point, l’expérience de cadres comme Martin Johnson (77 sélections), Neil Back ou Richard Hill (60 chacun). À leurs côtés, des joueurs beaucoup moins capés comme Trevor Woodman (10), Josh Lewsey (13) ou Steve Thompson (18). En finale, le total de sélections du XV de départ anglais était ainsi de 598 caps.

Le week-end passé, face à la Nouvelle-Zélande, le XV de la Rose affichait 663 sélections au coup d'envoi. Si certains joueurs éclaboussent la compétition de leur talent et leur jeunesse comme Tom Curry (13 sélections) ou Sam Underhill (10), ils évoluent avec des vieux routiers du circuit comme Ben Youngs (89) ou Courtney Lawes (75) pour qui c’est déjà la troisième Coupe du Monde.

Continuité : avantage 2003

Avec un statut de leader mondiale, l’équipe de 2003 est arrivée avec des certitudes. Entre l’équipe qui a dominé l’Irlande pour obtenir le Grand Chelem en mars (42-6) et la formation alignée contre l’Australie huit mois plus tard en finale, seuls deux changements avaient été effectués par Clive Woodward.

Eddie Jones a beaucoup plus douté. Si les blessures ont fait bouger les lignes, tout comme l’éclosion de joueurs inattendus (Underhill, Curry), le sélectionneur de la Rose a effectué six changements entre le XV qui a défié l’Écosse pour finir le dernier Tournoi (38-38) et celui qui a dominé la Nouvelle-Zélande en demi-finales samedi dernier.

Si cette équipe menée par Eddie Jones a très clairement des atouts à faire valoir, elle perd donc ce duel 2-1. Mais une victoire contre l’Afrique du Sud, synonyme de deuxième titre mondial, rebattrait les cartes et viendrait réparer une « anomalie de l’histoire ». William Webb Ellis doit l’espérer depuis son lieu de repos, à Menton.

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