Jonny le sage prodigue ses conseils

Le buteur légendaire appelle ses compatriotes à ne pas tomber dans le piège face à des Springboks qui n'ont pas qu'un seul visage.

TOKYO, le 31 octobre - Jonny Wilkinson a connu l'ivresse de la gloire et les larmes du dépit avec l'équipe d'Angleterre en finale de la Coupe du Monde de Rugby. Alors, ses héritiers du XV de la Rose feraient bien d'écouter son conseil : ne baisser la garde sous aucun prétexte samedi, face à l'explosivité des Springboks.

L'ancien demi d'ouverture, par la botte duquel l'Angleterre est devenue la première nation de l'hémisphère nord à soulever la coupe Webb Ellis en 2003 avant de tomber face à l'Afrique du Sud quatre ans plus tard en finale, s'attend à un duel « très, très serré » à l'International Stadium Yokohama, face à des Sud-africains si forts qu'ils donnent parfois l'impression d'être en surnombre.

Pourtant, Wilko estime que ses compatriotes peuvent puiser dans la victoire incontestée face aux All Blacks l'inspiration nécessaire pour offrir un deuxième sacre mondial au rugby anglais.

« Les Anglais ont gagné parce qu'ils ont pris un maximum de risques, analyse le quadragénaire. Ils se sont jetés dans l'inconnu avec moins de retenue que les Blacks. C'est ce qui leur a permis de mieux démarrer la rencontre et d'étouffer la Nouvelle-Zélande. La défense anglaise a été extrêmement proactive. Ils mettaient autant d'ardeur à défendre qu'à attaquer. »

Interrogé sur la comparaison entre la cuvée anglaise actuelle et le millésime 2003, il ajoute : « Le jeu a changé, et les joueurs aussi. Mais je pense qu'une victoire représenterait un grand pas en avant, et que cela aiderait les gens à comprendre que l'Angleterre n'est pas un parent pauvre du rugby de l'hémisphère sud, du moins à l'heure actuelle. »

Pour l'ancien du Racing Club Toulonnais, Owen Farrell et consorts peuvent dominer les débats face aux Springboks comme ils l'ont fait face aux hommes de Steve Hansen samedi dernier - à une condition : bien comprendre que leurs adversaires ne sont pas aussi 'unidimensionnels' que ne pourrait le suggérer leur bataille rangée avec le pays de Galles en demi-finale.

« Contre l'Afrique du Sud, l'Angleterre peut gagner, mais le danger serait de s'attendre à ce que les Springboks jouent comme en demi-finale », confie Wilkinson, en photo à Tokyo en compagnie de l'ancien ailier Springbok Bryan Habana. « L'Afrique du Sud avait un plan de jeu pour battre le pays de Galles, et elle a suivi ce plan. Samedi, elle aura un plan de jeu pour battre l'Angleterre – et ce plan de jeu sera différent. »

« Ils vous encerclent et vous donnent l'impression que le terrain est minuscule, comme si vous aviez 20 adversaires autour de vous. Et ils sont très explosifs, ce qui signifie qu'ils peuvent transformer des phases de jeu insignifiantes en situations extrêmement dangereuses. Un ballon anodin qui vous échappe des mains, ils prennent la ligne d'avantage, percutent… puis d'un coup, en deux secondes, ils ont nettoyé le ruck, s'emparent du ballon et vous enfoncent de 50 mètres. »

« Ils sont très bons pour inverser les rapports de force. On va devoir bien gérer ces phases de jeu. Tout en gardant à l'esprit qu'avec ces mecs, il vaut mieux éviter que ça tourne au bras de fer. Il faut qu'il y ait de la variété et de l'équilibre dans notre jeu. Et il faut qu'on maintienne notre discipline, car en face ils ont un buteur sans pitié et un numéro 9 qui est un maillon absolument essentiel de leur système de jeu. Et bien sûr, ils ont cette explosivité physique, cette intensité féroce. »

Alors Wilko, c'est quoi ton prono ?

« Mon prono ? Je suis anglais et je travaille pour l'équipe d'Angleterre, alors l'Angleterre va gagner. Mais je pense que ça va être très, très serré. »

RNS am/sw/rr/mp