Spencer, l'invité surprise

Le demi de mêlée anglais préparait les prochaines échéances des Saracens et faisait manger ses enfants lorsqu'il a reçu un coup de fil qui a modifié tous ses plans.

TOKYO, le 31 octobre - C'est ce qu'on appelle un changement de décor. Samedi dernier, Ben Spencer donnait la becquée à ses deux enfants lorsqu'un coup de fil a fait basculer sa vie de rugbyman. Une semaine plus tard, il se retrouve sur la feuille de match de l'équipe d'Angleterre, en finale de la Coupe du Monde de Rugby 2019 face à l'Afrique du Sud. 

Spencer était censé affronter Leicester avec les Saracens dimanche dernier. Au lieu de cela, il a embarqué dans un vol à destination de Tokyo pour venir remplacer Willi Heinz, blessé aux ischio-jambiers lors de la victoire 19-7 face à la Nouvelle-Zélande en demi-finales à Yokohama. 

Cette semaine, au lieu de préparer la rencontre des Sarries face aux London Irish samedi, il s'apprêtera à relever le plus grand défi de sa carrière puisqu'il remplacera probablement Ben Youngs en seconde période à l'International Stadium Yokohama. 

Le demi de mêlée, qui compte trois sélections, n'avait pas été retenu dans le groupe des 31 pour Japon 2019, Eddie Jones n'ayant souhaité emmener que deux numéros 9. En suivant la demi-finale à la télévision, Spencer reconnaît tout de même avoir eu un pressentiment en voyant Heinz se blesser. Il n'empêche qu'il a encore du mal à réaliser ce qui lui arrive.

« Je disais justement à un des gars que je n'avais pas encore eu le temps d'assimiler la situation. Je viens de vivre quelques jours un peu dingues, c’est incroyable. C'était fantastique de retrouver ma place dans l’équipe. C’est de la folie », raconte le jeune papa, qui faisait manger sa fille Millie (deux ans et demi) et son fils Oscar (un an et demi) lorsqu'il a répondu à l'appel.

Le soutien de la famille et de la confrérie des 9

« Samedi, j'étais tranquillement chez moi, devant ma télé pour regarder le match (la demi-finale), et quelques heures plus tard, j'ai reçu ce fameux coup de téléphone. La manager (Charlotte Gibbons) m’a appelé pour me dire 'on veut que tu nous rejoignes au Japon', et voilà. Les enfants sont un peu trop jeunes pour comprendre, mais ma compagne était folle de joie. Ils viennent justement d'arriver ce matin (jeudi). C'est une semaine géniale pour nous tous. »

Malgré le décalage horaire, le réserviste n'a eu aucun mal à reprendre ses marques au sein d'un groupe qu'il a quitté il y a deux mois, ce qui rassurera sûrement les supporters anglais.

« Ça n'a pas été trop difficile. Je suis arrivé lundi. Ce qui est bien, c’est que j'ai passé beaucoup de temps avec l’équipe, donc je savais ce qui se passait, je n'étais pas trop à l’ouest », rassure-t-il.

Pour lui qui a effectué une bonne partie de la préparation avec le groupe, cette convocation in extremis fait figure de récompense inespérée. Cela n'empêche pas l'appelé de dernier minute de penser à son coéquipier malchanceux.

« Bien sûr, c'était une énorme déception de ne pas faire partie du groupe dès le départ. Eddie avait dit à ceux qui n’étaient pas dans l’équipe que tout pouvait arriver. C’est rageant pour Willi, parce qu’il a vraiment travaillé dur, mais Eddie n'a pas arrêté de rappeler que tout pouvait arriver à la Coupe du Monde et qu'il faudrait que tout le monde soit prêt. »

Pour parfaire sa remise en route, Spencer a pu compter sur la solidarité de ses confrères.

« En ce qui concerne le rôle confié spécifiquement au numéro 9 dans l’équipe, on a passé en revue quelques éléments sur le plan défensif, et Willi et Ben Youngs m’ont beaucoup aidé. Ils ont été géniaux. »

RNS  cj/js/bo/sc/mp