Kolbe et Mapimpi subliment les Springboks

Si l’Afrique du Sud a remporté son troisième titre mondial, elle le doit en grande partie à un paquet d’avants dominateur mais aussi à deux ailiers exceptionnels : Makazole Mapimpi et Cheslin Kolbe.

YOKOHAMA, le 2 novembre – Une anomalie de l’histoire. Double championne du monde, l’Afrique du Sud n’avait jamais marqué le moindre essai lors de ses deux précédents sacres, en 1995 et 2007. En 2019, pour son troisième titre, il a fallu deux ailiers d’exception pour rompre cette malédiction : Makazole Mapimpi et Cheslin Kolbe.

Mapimpi, roi des airs

Avant la rencontre, la principale inquiétude des suiveurs des Boks portait sur le triangle arrière sud-africain. Plus petit que son homologue anglais, il allait vivre un calvaire sur les ballons hauts, c’était annoncé. Pourtant, ce sont bien les Springboks qui ont dominé, grâce notamment à un Mapimpi explosif.

Sur son côté gauche, l’ailier n’a eu que peu de ballons à négocier. Il a principalement brillé sur les coups de pied de ses coéquipiers de Klerk, Pollard et le Roux. À plusieurs reprises, il a fait parler son agilité sur les ballons hauts pour devancer Watson et Daly, battus par ce joueur ultra-athlétique.

Opportuniste, il n’a eu besoin que d’une occasion pour marquer. Alerté par Am au relais de de Klerk – excellent dans l’alternance –, Mapimpi a eu un couloir de 5 mètres pour accélérer. Lancé, il a déposé la défense avant de jouer au pied par-dessus son vis-à-vis Watson. Son seul coup de pied du match aura été décisif : le rebond sourit à Am, qui sert à l’aveugle son coéquipier, lequel marque le premier essai d’un Sud-africain en finale de Coupe du monde (12-25) !

Kolbe, défenseur acharné

Le break est fait, les Springboks se dirigent vers le titre. Mais une fête n’est jamais complète sans un feu d’artifice. Cheslin Kolbe va l’offrir pour ce qui restera, à coup sûr, comme l’action de cette compétition. Servi sur son couloir droit, le Toulousain lève la tête, regarde, accélère, ralentit puis explose. Avec lui, le monde semble tourner beaucoup moins vite. Il interrompt le temps avec une élégance unique.

Un pas de l’oie plus tard, Owen Farrell ne comprend pas comment son adversaire a fait pour le transpercer aussi aisément. Le public – y compris les Anglais – se lève pour saluer le génie qui vient de frapper sur 40 mètres. Si la foudre était le surnom d’Usain Bolt, en rugby elle porte un casque et le numéro 14 des Springboks.

Attaquant racé, Kolbe n’est pourtant pas seulement l’un des plus beaux joueurs de l’histoire. C’est aussi un travailleur se mettant en quatre pour le collectif. Peu servi en première période, il a œuvré dans l’ombre. C’est lui qui, en première période, repousse par deux fois le colosse Courtney Lawes, qui lui rend près de 40 kilos. Et même s’il concède une pénalité sur cette action, il a sauvé un essai tout fait en bout de ligne. Avec 6 plaquages, à 100 % de réussite, le Toulousain s’est montré impérial. Arme absolue des Anglais, Jonny May n’a pas existé face à lui.

L’image de Springboks moins restrictifs qu’annoncés

Avec 5 défenseurs battus – record du match –, Kolbe a su exploser sur ses rares opportunités. Sur l’autre aile, Mapimpi, avec six essais, finit deuxième meilleur marqueur de la compétition derrière Josh Adams (7). Il est également le meilleur marqueur d’essais sur l’année 2019 avec le trois-quarts aile gallois.

En pleine force de l’âge (respectivement 26 et 29 ans), Kolbe et Mapimpi sont sur le toit du monde. Avec eux, c’est toute une idée du rugby sud-africain qui vole en éclat. Souvent décrié car restrictif, et basé sur des avants dominateurs et du jeu au pied, le projet de Rassie Erasmus est plus étoffé que cela. Il s’appuie sur les qualités principales de ses hommes.

Un pragmatisme qui a permis à l’Afrique du Sud d’être championne du monde pour la troisième fois et de devenir l’égale de la Nouvelle-Zélande. Avec, enfin, des essais en finale.

La stat du match : 91 %

Avec un somptueux 140 sur 154, l’Afrique du Sud a réussi 91 % de ses plaquages ce samedi soir. Une performance exceptionnelle, symbolisée par cette action de près de 30 temps de jeu devant sa ligne et qui n’a abouti qu’à une pénalité anglaise. Une action sur laquelle le XV de la Rose a reculé de 20 mètres. Entré à la 21ème minute, Franco Mostert termine meilleur plaqueur de la rencontre avec 16 interventions.

Les déclas du match

« On se bat les uns pour les autres, mais aussi pour 57 millions de personnes en Afrique du Sud. » - Duane Vermeulen, troisième ligne de l’Afrique du Sud désigné Joueur de la finale.

« On n'a pas fait une très bonne entame de match, et la première mi-temps a été décevante, mais je suis fier de ce groupe. Je suis fier de ce qu’on a accompli et de tout le chemin qu’on a parcouru sur la durée de cette compétition. » - Owen Farrell, capitaine de l’Angleterre.

RNS fl/sc